DU THÉÂTRE D’ AGRICULTURE. 485
Cet usage des acides a produit, en Russie , unautre effet encore plus frappant. Les prisonniers,nourris de pain de seigle et buvant du kouas, neconnoissentpas la fièvre de prison ou d’hôpital,si répandue et si terrible ailleurs. Nous devonscette remarque au docteur Mounsey. Le pain deseigle est le plus acide de tous les pains (Histoiredes Gouvememens du Nord, traduite de Wil-liams , tome III, page 549 )•
A ces détails, donnés par un historien Anglois,il n’est pas inutile d’ajouter les recettes mêmedu kislichis et du kouas russes, telles qu’elles setrouvent dans la Description de la Russie mo-derne , par Le Clerc (tomel, page 352 ). Ellessont un peu différentes de ce qu’on vient delire, mais ne présentent rien qui ne soit à laportée des habitans de la campagne.
Le Kislichis.
Prenez quarante livres (deux myriagrammes)de farine d’orge , une livre et demie ( sept hec-togrammes ) , même deux livres ( dix hecto-grammes ) de malt de seigle ou d’orge ; humec-tez ce mélange peu-à-peu, en l’agitant avecune forte spatule de bois ; quand il aura acquisune consistance mollasse , placez - le dans degrands pots de fer , que vous mettrez dans unfour , chauffé à l’avance , et dont la braise seraréunie vers l’un des côtés. Quatre heures après,vous ôterez ces pots du four, et vous délayerezpeu - à - peu le mélange dans un tonneau desoixante-dix bouteilles ( soixante-six litres etdemi) environ , avec de l’eau chaude et deuxpoignées de menthe sèche : on agite le tout pen-dant un quart-d’heure et à plusieurs reprises.
On couvre le tonneau ; et après deux ou troisjours de repos on soutire la liqueur, devenuetrès-claire, dans un autre tonneau , si on veutla consommer dans dix ou douze jours 5 et dansdes bouteilles bien bouchées , si on veut laconserver six semaines ou deux mois.
Le kislichis mousse légèrement , est aigreletet très-agréable au goût.
Au lieu de menthe , on peut employer telleautre plante amère , aromatique ou antiscorbu-tique que l’on jugera convenable à telle ou tellemaladie , ou au goût du consommateur.
Cette boisson , jointe à un tiers d’eau , est ex-
cellente dans les fièvres inflammatoires, putrideset malignes ; mais c’est, sur-tout, un préserva-tif contre le scorbut des gens de mer.
Le Kouas.
Il y a deux espèces de kouas, le rouge etle blanc. On prépare le premier, avec partieségales de malt de seigle ou de farine d’orge; etle second , avec six livres ( trois kilogrammes )du même malt , et soixante livres ( trois myria-grammes) de farine d’orge. La manipulation estla même que celle du kislichis, excepté qu’onn’y ajoute pas de menthe.
Je crois devoir extraire aussi ce qui concernela liqueur de l’airelle-myrtille ( vaccinium, -vitisidcea) , parce que c’est toujours l’infusion duseigle qui est la base principale de cette autre es-pèce de bière usitée chez les Russes .
Le Clerc dit qu’on prépare, avec les baies decette plante , une boisson agréable , saine, etqui a toutes les qualités de la précédente. Voicile procédé.
Prenez dix bouteilles (neuf litres et demi) dedécoction saturée de seigle ou d’orge ; ajoutez-yenviron quarante bouteilles (trente-huit litres)d’eau bouillante; mettez le tout dans un grandvaisseau de terre , que vous placerez dans unfour chaud , pendant douze heures ; après que ladécoction sera refroidie, vous y ajouterez vingt-cinq livres ( douze kilogrammes ) de baies écra-sées de vitis idœa, et vous mettrez, une secondefois, le vaisseau dans un four très-chaud , pourque ce mélange subisse une légère ébullition. Onle filtre ensuite , et on le place dans un lieu frais,où il ne tarde pas à fermenter. Après la fer-mentation , cette boisson est claire , bien colo-rée ; on la met dans des bouteilles , que l’onbouche avec soin ; elle s’y conserve pendant plu-sieurs années. ( Ibid. , page 3 z 8 .)
3 °. Du service que pourrait rendre la bière dechiendent.
Un ennemi des laboureurs , qui semble inex-tirpable , c’est ce gramen , connu sous le nomde chiendent ( triticum repens ). C’est la plantela plus nuisible à notre agriculture , lorsqu’elleest abondante. A la vérité, sa racine est enusage en médecine : on en fait, dans les phar-macies , une tisane apéritive ; mais ce qu’on en