5 9 8
QUATRIESME LIEU
temps après. Si on en mettait une certaine quan-tité devant lui, dans l’auge , elle seroit bientôtfanée par son baleine ; il le dédaigneroit et pour-roit même s’en dégoûter : il faut donc , pourainsi dire , le lui faire désirer.
Si on en coupe, le matin, la provision pour laj ournée, on doit la mettre dans un lieu spacieux,bien aéré , à l’abri du soleil, rangée par petitesgerbes peu serrées , droites , la pointe en haut,et avoir l’attention de l’arroser de temps entemps ; mise en tas trop serrés, elle s’échauffepromptement, se fane , et l’animal la refuse.
On est généralement dans l’usage de saigner,au bout de quelques jours , les chevaux quiprennent ce vert. Cette méthode , qui paroîtfondée sur ce qu’assez souvent les chevaux de-viennent fourbus , si on néglige de la pratiquer,est vicieuse, et tient au défaut d’observer ce quise passe dans l’animal, les premiers jours de cettenourriture. Si, au lieu de la lui donner d’aborden aussi grande quantité , on se bornoit à l’y ac-coutumer peu-à-peu, on n’auroit pas à redouterla fourbure , et la saignée seroit le plus souventinutile ; elle ne doit être pratiquée que dans le casd’une nécessité reconnue , pour les chevaux plé-thoriques et jeunes : elle doit être proscrite pourles chevaux fatigués , lorsqu’on donne le vertà la suite de quelques maladies et dans l’inten-tion de réparer les forces.
Il est certain que la saignée facilite l’engraisdes animaux ; mais le but qu’on se propose, endonnant le vert aux chevaux, n’étant pas de lesengraisser comme les bœufs destinés à la bou-cherie , on doit bien sentir que cet état, qui estvéritablement contre nature , ne peut être delongue durée , et que la saignée est nuisible ,loin d’être avantageuse, pour des animaux des-tinés au travail. Les maquignons ne la négligentpas pour les chevaux qu’ils veulent refaire.
Les premiers effets de ce vert sont, de purgerabondamment par le fondement ; peu-à-peu cetteévacuation liquide diminue, et les excrémens ,sans devenir solides, prennent de la consistance;les urines sont très-abondantes , et presque tou-jours laiteuses et très-chargées ; le poil reprendson brillant, la peau son élasticité , et l’animal,de la gaieté et de la vigueur.
L’opinion dans laquelle on est, que l’antimoine
contribue à engraisser les animaux , a introduitl’usage de quelques-unes de ses préparationspour les chevaux au vert. Cet usage est parfai-tement inutile , à moins que quelque maladieparticulière n’en sollicite l’emploi , et il peutêtre nuisible dans beaucoup de cas. Il faut seborner , lorsque les chevaux prennent difficile-ment le vert et paroissent dégoûtés , à leur don-ner , pendant quelques jours, un hectogramme( environ trois onces ) de poudre de racine degentiane ( gentiana lulea, L.) , ou d’aunée(inula heleniurn , L.) , dans trois hectogrammes(environ une demi-livre) de miel. Ces subs-tances amères ont bientôt rétabli les fonctionsde l’estomac.
C’est à tort que quelques auteurs recomman-dables ont conseillé l’usage journalier du sonpour les animaux au vert : cette substance , quin’est alimentaire que par le peu de farine qu’ellecontient, et qui, par elle - même , ne fournitrien à la digestion et ne se digère point, estbien plutôt nuisible, et fatigue inutilement l’es-tomac ; on peut lui substituer avantageusementl’eau blanchie avec la farine , ou avec ce mêmeson, j été après. Il sera bon aussi de donner, tousles jours, à chaque cheval, deux bottes de paillede froment, soit pour se former de la litière,soit pour ne le pas entièrement sevrer des ali-mens solides.
Un préjugé bien plus fortement enraciné,parce qu’il est uniquement fondé sur la paressedes gens d’écurie et sur l’ignorance des pré-ceptes d’hygiène , de la part des écuyers quiles dirigent , c’est l’idée que les chevaux quiprennent le vert ne doivent pas être soumis aupansement de la main. Bourgelat, qui a sapétant de préjugés, n’a pas osé, par égard pour sesconfrères , montrer tout le ridicule de celui-ci ;il a cherché à expliquer, à motiver l’opinion deceux qui se refusent au pansement; et quoiqu’ilsoit aisé de voir que son opinion est conforme àla raison , il n’a pas tranché la question, et s’estborné à recommander de bouchonner les chevauxdeux fois par jour (1). Les chevaux qui sont au