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Les petites arches conviennent principalement aux rivières tranquilles, etdont les eaux ne s’élèvent pas à une grande hauteur. Il est ordinairement alorsfacile de fonder, et c’est une raison de plus pour ne pas craindre de multiplierles points d’appui. Les grandes arches conviennent au contraire aux torrents, oùil est en général difficile d’établir des fondations, et où les eaux entraînent sou-vent des rochers ou des arbres, qui peuvent dégrader les piles et les naissancesdes arches, qu’il est important de placer alors au-dessus de la surface des eaux.
Dans les grandes rivières, les grandes arches doivent, en général, être em-ployées de préférence, surtout quand elles sont sujettes à de fortes crues; maisla manière plus ou moins coûteuse dont on établira les fondations des piles,influera beaucoup sur le parti que l’on pourra prendre à ce sujet. On aura égard" aussi à la nature des matériaux dont le pont sera construit, et qui ont besoin deprésenter plus de solidité pour de grandes arches que pour de petites ; ainsiqu’à l’espèce et à la grandeur des bateaux qui naviguent sur le fleuve, auxquelsil faut laisser un passage commode.
Quant aux ouvertures relatives des arches, il y a deux partis à prendre à cetégard : on peut faire toutes les arches égales entre elles, ou en diminuer progres-sivement l’ouverture, depuis celle du milieu jusqu’à celles qui joignent les culées.
Si toutes les arches sont égales, on a l’avantage de donner aux sommets deleurs voûtes la même hauteur au-dessus de l’eau , cl de pouvoir les cintrer toutesavec les bois qui auront servi pour les deux premières. Mais alors on augmentela hauteur des abords du pont, et par conséquent on se trouve ordinairementobligé de faire des levées plus considérables, et d’encombrer davantage les mai-sons qui peuvent s’y rencontrer. On s’expose aussi à l’inconvénient de ne pou-voir se débarrasser facilement des eaux pluviales, qui séjournent longtemps surle pont, pénètrent peu à peu jusqu’à la cliappc, et la dégradent : on ne peutdonner que peu de pente aux ruisseaux par lesquels les eaux se rendent aux gar-gouilles qui les versent dans la rivière, soit que ces eaux s’écoulent par les tètesdu pont, ou bien par des ouvertures pratiquées au travers des voûtes.
Si les diamètres des arches sont inégaux, ces derniers inconvénients dispa-raissent : on est alors libre de donner de chaque côté au pavé du pont une pentequi cependant ne peut guère excéder 5 centimètres par mètre. On diminue ainsil’encombrement des abords et la hauteur des levées. Il est possible au surplusde réunir les avantages de ces deux méthodes, en donnant à toutes les archesla même ouverture, mais en plaçant les naissances à des hauteurs décroissantesdepuis le milieu jusqu’aux extrémités du pont.