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Tome premier.
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guères, par cette raison, se dispenser de faire porter sur une large base’une piledont le corps a peu d’épaisseur.

§ II. DE LA FORME DES PILES.

La forme des piles, et surtout celle de leurs avant-becs , est un objet impor-tant , et qui, lorsque les piles sont très larges, peut influer beaucoup sur lasolidité et sur la durée d'un pont. Quand cette forme est mal conçue, elle esteffectivement une des causes des affouillements qui se manifestent, et elle aug-mente toujours l’énergie de celles qui peuvent provenir d’ailleurs.

Il paraît, au premier coup-d’œil, que si le débouché d’un pont est réglé demanière à ce que le rapport marqué par le régime de la rivière entre la résis-tance du sol et la vitesse moyenne du courant, ne soit pas sensiblement altéré,il est impossible qu’il se produise aucun affouillement; et cela serait vrai, sicette vitesse moyenne se distribuait uniformément dans toute la masse des eauxauxquelles le pont donne passage. Mais les obstacles que les piles cl les nais-sances des arches opposent au courant nuisent à cette égale répartition de lavitesse, et tandis qu’il se forme des courants particuliers très rapides, on voitdans d’autres endroits les eaux tournoyer et revenir sur elles-mêmes. Il est doncimportant de donner aux piles la formera plus propre à prévenir ces effets dontles suites sont souvent dangereuses.

Dans les piles des ponts antiques, la base des avant-becs est ordinairementun demi-cercle ou un triangle rectiligne ; mais les constructeurs modernes ontfréquemment arrondi les angles formés par les faces des avant-becs et du corpsde la pile. On trouve quelques ponts , bâtis dans le moyen âge, où les avant-becs ont été entièrement supprimés, et où les piles sont terminées parallèlementaux tètes. Celle dernière disposition est la plus vicieuse de toutes. On remarque,en effet, que , quand le courant vient frapper l’avanl-bec d’une pile, l’eaus'élève à sa rencontre; les filets qui tendent à choquer cet avant-bec sont forcésde se détourner de chaque côté, et produisent deux courants obliques qui s’éloi-gnent des faces latérales de la pile contre lesquelles il n’y a plus qu’une eaustagnante ou tournoyante. Ces deux courants vont resserrer le courant principal, enformant avec ceux qui sont produits par les piles voisines des espèces de bar-rages en entonnoir , où l’eau coule moins vite vers les bords qu’au milieu,parce qu’elle a perdu de sa vitesse contre l’obstacle qu’elle a rencontré : et