DU PRINCE SOLTYKOFF.
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avec des fines. Pour y parvenir, il fallut un nouveau travail presque aussipénible que le premier. Passemant le comptait pour rien. Il voulait que sonouvrage, étant exécuté, présentât l’état du ciel jusqu’aux premiers sièclesdu monde, et donnât sans calcul toutes les éclipses qui sont arrivées dansles temps primitifs, afin d offrir par là un moyen assuré pour rectifier lachronologie. Plusieurs historiens ont cité des éclipses qui sont apparues endes jours de bataille ou dans des moments pendant lesquels s’accomplissaientdes événements mémorables; avec la sphère de Passemant on peut trouverle nombre des années écoulées,- et terminer les différends qui rendent lesépoques de l’histoire ancienne si incertaines.
La partie matérielle de cette œuvre, si digue d’occuper une place hono-l’able dans l’histoire, fut exécutée par Dauthiau, horloger du roi Louis XV ,qui passa douze années à ce travail, dans lequel il fit preuve d’une adresseet d’une intelligence peu communes.
Le roi fut si content de cet ouvrage, qu’il voulut non-seulement que bou-teur en reçut le prix, mais encore qu'il y fût ajouté une pension : récom-pense d’autant plus flatteuse pour Passemant que Louis XV passait, parmiles savant de son époque, pour avoir des connaissances assez étendues enastronomie et en mécanique.
Dirai-je un mot sur l’horlogerie actuelle? Hélas! les manufactures étran-gères ont une prépondérance marquée sur les nôtres! On fabrique unegrande quantité d’excellentes montres à Londres , à Birmingham , à Li-verpool, à Genève et dans plusieurs autres contrées de la Suisse ; on enfabrique aussi en Piémont et même en Suède et en Danemarck ; mais lesateliers parisiens sont déserts; mais la ville où s’illustrèrent jadis les grandshorlogers que j’ai cités, Julien Le Roi, Pierre Le lî-oi, Lepaute , Berthoud,Janvier, Breguet, etc., cette ville est aujourd’hui tributaire de l’étranger!
La décadence de l’art, en France , date de 89. La suppression des Ju-randes et des Maîtrises, je l’ai déjà dit, a porté le coup le plus funeste àl’horlogerie nationale. Le jour où la liberté du commerce pompeusement dé-crétée par rAssemblée constituante, permit aux cordonniers, aux bonnetiers,aux perruquiers, aux lampistes, aux libraires, etc., de vendre des montreset des pendules, et d’inscrire sur leurs enseignes menteuses le mot fabricant,ce jour-là l’art fit un pas en arrière; les véritables horlogers courbèrent latête, ils sentirent bien qu’ils ne pourraient pas désormais lutter contre lesconcurrents effrontés que leur suscitait la loi nouvelle, et d'artistes qu’ilsétaient ils devinrent des marchands. Leurs fils ne firent pas d’apprentissage,