COLLECTION ARCHÉOLOGIQUE DU PRINCE SOLTYKOFF. 175
1649, il accompagna en Danemarck le comte Henri de Nassau. Descartes était alors en Suède ; Huyghens désirait passionnément de le voir, et il étaitdigne de converser avec lui ; mais le comte de Nassau retourna trop tôt enHollande, Huyghens fut privé du bonheur de voir ce grand homme, prèsd’être enlevé à un monde qui n’en avait pas senti le prix, et Descartes n’eut pas le plaisir de prévoir tout ce que la philosophie devait espérer deHuyghens .
Depuis l’année 1655, jusqu’en 1663, il fit plusieurs voyages en France eten Angleterre. Dans son premier séjour en France , il fut reçu docteur endroit de l’Université d’Angers , où les protestants étaient alors admis.
Appelé par Colbert , en 1666, il vint à Paris jouir des encouragementsque Louis XIV donnait aux sciences, et il fut, jusqu’en 1681, un des plusillustres membres de l’ancienne Académie.
Les édits contre les protestants l’obligèrent à quitter la France . On essayaen vain de le retenir : il dédaigna une protection particulière qui n’auraitpas été celle des lois, et retourna dans son pays et dans sa famille chercherla liberté et la paix. La fin de sa vie y fut troublée par des chagrins domes-tiques : peut être sa famille eut-elle de la peine à lui pardonner d’avoir re-noncé à tous les avantages qui auraient rejailli sur elle, et de n’avoir été qu’ungrand homme.
Il avait connu Leibnitz pendant son séjour à Paris , et c’était en partiedans la société de Huyghens que Leibnitz avait, senti se développer songénie pour les mathématiques.
On voit dans la correspondance littéraire de Leibnitz et de Bernouilli , oùces deux illustres amis se confient leurs plus secrets sentiments, quelle pro-fonde estime ils avaient pour Huyghens , combien ils étaient avides de sesmanuscrits et jaloux d’y trouver leurs opinions, et avec quel triomphe ilsopposaient le seul jugement d’Huyghens à la foule des adversaires qu’avaitattirés aux calculs de l’infini le double tort d’être nouveaux et sublimes. Siquelque chose à droit de flatter l’amour-propre, ce sont de tels élogesdonnés par de grands hommes dans le secret de leur correspondanceintime, et auxquels la malignité ne peut soupçonner aucun motif qui endiminue le prix.
Huyghens mourut le 5 juin 1695. On attribue sa mort à un excès de tra-vail ; du moins la perte totale de ses facultés précéda sa mort de quelquesmois.
Il avait éprouvé un pareil accident dans le temps de son séjour à Paris ;