DU PRINCE SOLTYKOFF.
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Brézé près de l’artiste; celui-ci s’empressa de lui expliquer son ouvrage.La princesse écouta avec attention, puis demanda comment on voyaitl’heure.
Janvier lui fit d’abord remarquer la place qu’occupait la ville de Paris sur la carte, et observer ensuite que le méridien qui la traversait descendaitsur l’échelle des longitudes mobiles à la minute actuelle. « Supposons, main-tenant, dit-il, madame, que vous voulez connaître l’heure qu’il est dans uneautre ville, à Metz , par exemple... » A ce mot, la reiue, qui était baisséepour voir de plus près le cadran géographique, se relève vivement, fait unpas en arrière en lançant un regard foudroyant sur l’artiste, et se retiresuivie de M. le marquis de Brézé. Janvier reste interdit, mais au mêmemoment il se rappelle le voyage de Metz , où le roi devait se retirer enfuyant de Versailles , voyage dont le projet n’avait pu être mis à exécution,et il ne douta pas que la reine n’eût pris l’indication faite au hasard de laville de Metz pour une allusion blessante.
Louis XM, informé de ce qui venait de se passer, conçut les mêmessoupçons que la reine, et ne voulut plus revoir le savant artiste. Cependant,il l’avait admis fréquemment dans son intimité, et il avait passé plus d’unefois avec lui une partie des nuits à observer les satellites de Jupiter, à l’aided’une forte lunette astronomique placée au palais des Tuileries , dans unpetit observatoire que le roi avait fait construire et disposer pour cet objet.
Plusieurs des pendules qui ont appartenu à Louis XVI se voient encoreaujourd’hui dans les appartements de Trianon et dans ceux du palais deVersailles : la plus compliquée de ces pendules est la sphère mouvante dePassament, exécutée avec beaucoup de talent par l’horloger d’Authiau.Cette pendule astronomique fut admirée avec raison à l’époque où ellefut faite; mais, depuis lors, plusieurs autres sphères mouvantes ont étéconstruites, notamment par Janvier, dans des conditions d’exactitude et derégularité beaucoup meilleures.