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COLLECTION ARCHÉOLOGIQUE
tivement à la serrurerie et à l’horlogerie. Plusieurs de ces historiens disentqu’il savait fort bien raccommoder des serrures et démonter et remonterdes pendules et des horloges passablement compliquées. Ces récréationsmanuelles n’avaient rien que de respectable, même dans un futur roi deFrance , et surtout pendant le règne de Louis XY où les mœurs étaient cor-rompues, où la licence coulait à pleins bords, et où il eut été si facile aujeune Louis de France , se laissant aller aux funestes exemples qu’il avaitsous les yeux, de se livrer aux joies mondaines et surtout aux sirènes im-pures, mais souverainement belles, qui chaque jour le provoquaient. Maisnon; le petit-fils de Louis XY, qui peut-être déjà pressentait l’orage dont leciel de l’avenir était chargé, priait, étudiait et travaillait.
Après son mariage, le dauphin, qui habitait le château de Trianon, conti-nua d’occuper ses loisirs à des travaux ayant rapport à la mécanique horlo-gere, et il ne les quitta tout a fait que quand il fut roi de France ; maisalors il encouragea les artistes, et il ne laissa jamais échapper l’occasiond’acheter les instruments horaires ou chronométriques d’une distinctionincontestable, et il eut bientôt à Trianon une collection des plus belles piècesd’horlogerie de Ferdinand Berthoud , de d’Authiau, de Le Paute, de Robin,de Lepine et de Janvier.
C’était dans cette résidence, entouré d’horloges de toute espèce, etde livres scientifiques, que Louis XVI passait les plus heureux instants desa vie.
On était alors en 89; la fermentation était grande dans les esprits; leserment du Jeu de Paume avait eu lieu, et la royauté elle-même était gra-vement compromise. Le roi, dont la conscience était pure et les intentionsexcellentes, voyait avec chagrin, mais non sans fermeté, les événementsqui se préparaient, et il espérait bien que son trône, sur lequel planaitencore la grande ombre de Louis XIV , resterait à l’abri des outrages. Il setrompait.
En 91, Janvier acheva une horloge dite géographique, d’une construc-tion originale : elle ne portait aucune aiguille* et, représentant une carte deFrance d’une projection particulière, sur laquelle l’échelle des longitudesétait divisée en minutes de temps, elle présentait successivement toutesses subdivisions aux méridiens qu’elle rencontrait, et par cette dispositionon voyait à la fois l’heure qu’il était dans tous les départements. Louis XVI ne tarda pas à faire l’acquisition de cette curieuse machine, et il en parla àla reine, qui, ayant manifesté le désir de la voir, fut conduite par M. de