histoire NATURELLE, L I V. II.
que sa révolution est plus grande que celle d’aucune autre (8); quechaque trente ans elle arrive à la derniere portion du point qui
même en feste jours moins quelquefraction, 8c qu’il y a des parties de Sa-turne où la nuit dure quinze ans, parla même raison que sur la terre , quitourne en un an, il y a des nuits de lìxmois fous les pôles. Nous savons en-core, toujours par le moyen des téles-copes, que Saturne, vu son excessiféloignement du soleil, & son extrêmegrosseur, n’estpas même suffisammentéclairé pendant la nuit par ses cinq sa-tellites ou lunes j 8c qu’à titre de sup-plément à cette trop foible lumière, ilreçoit encore une autre réflexion desrayons du soleil par le moyen d’unesorte de large réverbère , que nousnommons Panneau de Saturne. SelonHuygens, qui le premier a découvertce phénomène, c’est un grand cercle,une large bande qui environne Satur-ne , se soutenant tout alentour de cetteplanète en forme de voûte, & à uneégale distance. Cette voûte miracu-leuse , étant assez élevée pour êtrepresqu entièrement hors de sombre deSaturne , y réfléchit la lumière du so-leil dans des lieux qui ne la voientpoint ; 8c elle la réfléchit de plus près,& avec plus de force, que les cinq lu-nes ou satellites , parcequ’elle estmoins élevée que la plus baise de ceslunes. Malgré tout cet appareil de lu-minaires , Saturne peut être considérécomme la moins ecîairee des planetes.Car ni lui, ni ses lunes, ne font re-gardés du soleil que dans un lointainprodigieux. On a calculé que le froidcontinuel qui régné dans toutes lescontrées de Saturne, est tel, que tousles fluides que nous connoiííons, mê-me les plus volatils Sc les plus fpiri-
Tom. L
tueux fe fixeroient en état de pierres’ils y croient transportés. Ceci niedonne occasion de formet une conjec-ture au moins très vraisemblable sur lanature de f anneau de Saturne. M. deMauperruissoupçonne que cet anneauest formé du débris des barbes &c desqueues de plusieurs comeres , qui, se-lon lui, passant par le voisinage deSaturne , ont été contraintes de s’as-sujettir à son mouvement, de lui ser-vir de satellites, 8c de déposer sappa-reil fastueux de leurs queues & de leursbarbes. Système, j ose le dire, où l’i-magination brille plus que le juge-ment. J'opposerai donc, fans hésiter,ma conjecture à celle de ce fameuxGéomètre. La mienne est fondée furle prodigieux éloignement où Saturneest du soleil, éloignement qui en fe-roit le séjour de la mort absolue, quirendroit cette planète absolument in-habitable , & tellement glaciale, quele quatrième élément ( le liquideaqueux ) n’y seroit jamais admis, si laProvidence, qui n’a rien créé d’inu-tile, & qui n’a pas donné cinq lunesen pure perte à cette planète, d’ailleursénorme en masse, n’avoit trouvé unmoyen de rendre Saturne propre à êtrele séjour d’une infinité d’êtçes vivants.D’après ce raisonnement, j’ose augu-rer que cette bande lumineuse , sus-pendue en voûte autour de Saturne,est de la nature des vapeurs fixes &ccongelées, comme seroit une voûtede glace , 8c quelle fait autour decette planète l’effet d’une cloche deverre sur un melon ; c’est-à-dire ,quelle y sert de foyer à la chaleur dusoleil, laquelle , par ce moven, ac-
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