histoire NATURELLE, LIV. II. 179
quels le luxe de tant de millions d’hommes les fait servir! D’au-tre part, quelle multiplicité de peintures dans les pierres précieu-ses ! quel contraste infini dans les disterentes couches ou maíTes decouleurs qu’elles présentent ! j’en vois même dont la couleur pro-pre semble être un éclat transparent (2), & qui n’ont, pour ainsi dire,qu’une consistance lumineuse. Plus loin ,mon attention se fixe surles propriétés de ces sources qui contiennent une vertu médicinale.Ailleurs, j’envisage avec surprise ces volcans, dont la flamme tou-jours renaissante, trouve encore des aliments depuis tant de siécles.Passerai je sous silence ces vapeurs pernicieuses , soit celles qui sor-tent de quelques antres, soit celles qui s’exhaíent des pores mêmesde certains terroirs empestés : vapeurs funestes ,dont les unes fontmortelles aux seuls oiseaux , comme celles qui. s’élev-ent auxenvirons de Rome, fur le mont Soracte (3); les autres en géné-ral, à tous les animaux, excepté l’homme ; &c quelques - unesà. l’homme lui-même , comme on réprouve dans la campa-gne de Sinuessa & de Pouzzol. On a donné le nom de sou-piraux aux fosses qui exhalent ces soufles mortels ; d’antres lesappellent des bouches Charonées (4). Tel est auffî au territoiredes Hirpins , vers le Temple de Mephitis le lieu nommé Ansanc-û{ 5), où personne n’entre sans être frappé de mort. Pareillementà Hierapolis de Syrie, est un lieu où le seul Prêtre (6) de la grandeDéesse peut entrer impunément. Ailleurs, ces soupiraux ont unevertu qui enivre, & leur soufle est prophétique (7) ; tel est celuidu Temple de Delphes, si célébré par ses oracles. Or, comment
Trecente. Le Pere Hardouin prétendqu’aujourd’hui même ce lieu s’appelleMephutí. Virgile emploie cette ex-pression mephitis pour exprimer uneexhalaison mortelle :
. .. Sœvamque exhalat opaca mephitim. Mnetí. í. 7.
■ Tacite , livre 3 , ssiit mention d’untemple élevé à Junon Mephitis , c’est-a-dire à Junon pestilentielle. On faitque Junon étoit la déesse de fait. Cesexhalaisons mortelles font communes-
dans les mines de charbon, ou les ou-vriers les appellent mouphettes m otcorrompu qui vient de mephitis.-
(6) Strabon rapporte ceci plus endétail, livre 12 & livre 13. Apulée enparle aussi au Livre du monde. Am-mien Marceliin, livre 3, comprenddans l’exception non - feulement legrand Prêtre, mais tous les autres mu-tilés de ce temple.
(7) Aristote dit la piême chose.