Band 
Tome premier.
Seite
398
JPEG-Download
 

3 ç $ Notes d’un Savant Anonyme

teste. On croit donc qu’ori nepeutpluss’empêcher de conclure, avec M. dePeireíc, que les pluies de sang n’ontpas d’autres causes. Cet habile homme,ausentiment duquel nous souscrivons,le pensoit du moins ainsi &entr’autresd’une dont parle Grégoire de Tourstombée du rems de Childebert 'dansdifférents endroits de Paris & dansune certaine maison du territoire deSenlis,& dune autre tombée vers lafin de Juin fous le régné du RoiRobert.

Autant les prétendues pluies desang ont-elles été communes, autantcelles de lait sont-elles rares. Toutesles recherches que l’on a faites n’ont

! iu en découvrir d’exemples, aufliaisse-t-oii à un chacun le foin d’ima-giner ce qui peut avoir donné naillanceà cette opinion, & il ne fera pas diffi-cile d’en trouver quelques-unes pluspossibles les unes que les autres.

Que des gens de la campagne aientajouté foi aux pluies de sang & de lait,qiíe ces pluies aient trouvé croyance'dans l’eíprit de gens plus éclairés queceux -ci, que des Philosophes mêmese soient laissés persuader, on pour-roit peut - être encore trouver dans lanature de ces fluides dé quoi disculperl’innattention des uns & la bonne foidès autres ; mais' que nou-seulemenrdes gens fans lumières aient cru, maisque des Auteurs graves aient laiíledans leurs écrits qu’il. avoir plu de lachair & des animaux tout entiers,que pluheurs de ces Ecrivains aientmême soutenu que quelques especesde ces animaux se formoient dans lë’snuées : c’est ce qn’on ne peut lire fanssavoir ce que l’on doit admirer le plusou de leur bonté à le croire ou de leiirforce à l’écrire. Quel courage ne faut-il pas réellement pour s’exposer ainsiaux yeux de toute la postérité, & n’enpas craindre la-critique d’autant pliis

sévere, que rien ne peut l’empêcher ?Ne sera-ce pas s’y exposer soi - mêmeque de ne pas passer 1 épongé fur depareils contes. Cardan, dit Schot aprèsCardan lui-mème, pensa être préci-pité du haut de l’Àpennin par unvent impétueux mêlé de pluie qui letransporta lui & son cheval sur lequel ilétoit monté à plusieurs pas de l’endroitoù il étoit dans ce moment. En mêmerems son chapeau partit de dessus fatête comme un trait décoché par unarc des plus forts, & alla presquetomber dans un des villages voisins:s’il se fut trouvé sur la même monta-gne, continue Schot, une armée en-tiere, & que les chapeaux de tous lessoldats eussent été ainsi enlevés, qu ilsfullent tombés avec la pluie dans lesvillages qui peuvent être au pied decette montagne, les paysans n’au-roient - ils pas dit qu’il avoir plu deschapeaux, & ne se seroit-il pas trouvédes Auteurs qui l’auroient écrit? Untrait aùffi malignement présenté nesuífiroit-il pas pour répondre à toutesces prétendues pluies extraordinaires.Mais comme nous commentons unAuteur qui s’est acquis une grande té-

F utation, que’Pon travaille autant àhistoire de l’esprit humain en rap-portant ce qui peut lui être désavan-tageux comme ce qui lui sait le plusd’honneur, nous croyons devoir con-tinuer à faire voir que les siécles quiont suivi celui de Pline n’ont pas étémoins amateurs de prodiges que lesien , & l’on sentira combien il est deconséquence de bien constater un faitavant' que de l’écrire, de le bien de-terminer afin de ne pas faire naîtreáes-préjugés trop prompts à prendre& trop difficiles à déraciner.

Pline a feulement dit qu’il a souventpin de la chair.Vincent,dansson histoU-re,rapportequen i 1 3 8 il y eut une pluiedécerne nature ‘qui tomba dans laforç*