HISTOIRE NATURELLE, LI V. XVI. 46Z
il est célébré par la mention honorable qu’en fait Homere (2), & parla lance d’Achille. Ce bois sert à une infinité d’ufages. Les frênes dumont Ida, en Troade, ressemblent tellement aux cedres (3), quequand on en a ôté l’écorce, les acheteurs y font trompés. Les Grecsétablissent (4) deux fortes de frênes ; l’un qui est haut & n’a pointde nœuds ; l’autre qui est bas, plus dur, plus brun (5), & dont lesfeuilles font semblables à celles du laurier. En Macédoine, onappelle boumelia (6) un très grand (7) frêne dont le bois est fortsouple. D’autres distinguent les frênes selon les différents lieuxoù ils croissent. Par exemple, ils disent que les frênes des plai-nes (8) ont un bois madré, & ceux des montagnes un bois ferré.Les Grecs (9) ont écrit que les feuilles du frêne font mortellesaux chevaux &: aux mulets, & quelles ne font point de mal auxbêtes qui ruminent. Toutefois, en Italie , elles ne font de mal,ni aux mulets, ni aux chevaux ( 1 o). Bien plus, l’expérience a fait
fraxini folia cum vino trita bibenti dan-tur. Mais plulieurs Modernes se fontinscrits en faux contre ces propriétésantidotiques du frêne. » On prétend» (écrit M. Valmont de Bomare) que» le suc de ses feuilles, ou la décoction» de l’écorce de l’arbre, bue à la dose-- de quatre onces, est un contre-poi--- son contre la morsure des serpents.» Cette idée vient fans doute de Pli—-- ne, qui a dit gratuitement, que les-- serpents se jettent plutôt dans le-- feu, que de rester à l’ombre du-- frêne, ou de se cacher sous ses-- feuilles. Camerarius 8 c Charas ont-- éprouvé plus d’une fois la fausseté-- de cette antipathie fi surprenante. 11-- faut seulement convenir que l’é--- gouttement du frêne endommage
tous les végétaux qui en font at-
• t» 0 r • \ , ,
-> teints ». J oppoíerai a cette te lama-
tion de M. Valmont de Bomare ,, 8 c de
quelques Modernes, l’attestatiou for-melle de M. de Vérone , Gentilhom-me du Comtat, habile Antiquaire , 8cbon Naturaliste : il m’a certifié que l’ex-périence faite par Pline lui avoir àlui-même réusiì plusieurs fois fur descouleuvres, aux environs d’Avignon.Pline attribuera la même vertu à labétoine, liv. 25. Au reste ce qu’il ditici du frêne, Callimaque, chez Elien ,mfl. Anim. liv. 9 , chap. 27, le dit dusmìlos j c’est-à-dire d’une forte d 'if.
(10) Ni aux bœufs, comme l’attesteColumelle. Voyez la note 7. Le feuil-lage du frêne , écrit M. Valmont de-Bomare, est excellent pour la nourri-ture des bœufs, des chevres 8 c desbêtes à laine. II faut ( ajoute-t-il) pourcela, couper les rameaux de cet arbreentre les mois d’Août & Septembre,& les laisser sécher à sombre-