napxes et ses environs.
Je me réveille, dans une chambrehaute, aérée, où je respire à l’aise. Lesoleil y donne dès son lever. Devantmoi, en face de mes fenêtres, sur lelargo del Castello, s’élèvent majes-tueusement les tours du Château-Neuf.On les doit à Alphonse P 1 '., qui les fitajouter au château construit par Charlesd’Anjou , en 1283. Les fossés sont mas-qués par une rangée de maisons bassesbâties sur la place. Un corps-de-garde letermine, et rabat sur la strada Molo.On nomme ce poste la grand’ garde ;cent soldats d’infanterie, quatre offi-ciers, et trente hommes de cavaleriey stationnent tous les jours, avec deuxpièces de canon.
Le fort du Château-Neuf mériteun examen particulier; je me con-tente aujourd’hui d’en admirer la vue,plus tard il aura ma visite. Avant d’al-ler m’enfermer dans ses murs, je veuxvoir Naples à l’intérieur, étudier cedialecte si expressif, dont chaque motpeint une action, et pour cela il fautque je parcoure ces rues, que je memêle un peu à ce peuple, et surtoutque je tâche de saisir son langage etses gestes, car je m’aperçois qu’ils sontpour lui une seconde langue.
Un froncement de sourcils, une façond’alonger le menton, de contracter lesnarines, composent une conversationanimée. Ce sont des demandes ou desréponses claires et positives. Quand laparole vient s’y mêler, sa pantomimeest si pressée, les doigts deviennent desauxiliaires si rapides, que le regardpeut à peine les suivre. Je remarqueun geste particulier qui veut dire non.
Il est assez gracieux, et se fait en pas-sant plusieurs fois la main très-vite sousle menton ; c’est en prenant ainsi la na-ture sur le fait que j’arrive au Môle.« Signer, una barca, una barca », mecrie-t-on de toutes parts ; l’idée n’est pasmauvaise; hier j’ai admiré Naples ausoleil couchant, je veux aller contem-pler une seconde fois ce spectacle ausoleil levant. Je ne saurais trop multi-plier mes jouissances ; d’ailleurs, hier,j’étais si distrait, tant d’objets attiraientmes regards ! Aujourd’hui je suis pluscalme, je recevrai mes impressions sanstumulte, une aune, et je pourrai mieuxles savourer. Je saute dans l’esquifqu’on me propose, et je fais pousserau large.
A demi couché dans ma barque, jesuis à la dérive le caprice des flots, tan-tôt mes regards viennent errer surNaples , dont le bruit sourd vient mou-rir à mon oreille, tantôt ils se portentsur les îles dont la rade est semée. Lesrochers sombresde Capri se prononcentfièrement sur l’azur du ciel : leur con-figuration bizarre a quelque chose defarouche et de heurté qui m’étonne etme plaît.
« C’est surtout de la mer, ditM. Lemonnier dans ses Souvenirsd’Italie , qu’il faut voir Naples , carl’aspect extérieur de cette ville estencore plus singulier que l’intérieurmême : c’est vers le milieu du golfeque l’œil embrasse un ensemble d’ob-jets dont on ne peut, du rivage, sefigurer qu’imparfaitement l’effet gé-néral. Quelle nature à la fois riante etpompeuse ! que de contrastes frap-