du rocher, je vis les restes de cette tourdu Phare , qui devait être gigantesque,àenjugerpar sesfragmens de construc-tions en brique, et dont Suétone ra-conte que la chute précéda de quel-ques jours seulement la mort de Ti-bère . Rien de plus effrayant que l’a-bîme sur lequel est implantée cetteruine colossale , qui, après tant de siè-cles, subsiste encore, pour perpétuerd’âge en âge le souvenir du tyran quila fit élever.
C’est avec une peine extrême quel’on arrive, en suivant un sentier étroitque borde un précipice, sur le petitemplacement un peu au-dessous de latour. Là le sol est aplani jusqu’au borddu roc qui laisse apercevoir la mer;àune épouvantable profondeur. Ce lieudevait être celui où Tibère faisait pré-cipiter, par des barbares dévoués à sescrimes, les victimes de ses plaisirs. Jevis pourtant des femmes s’approcher dece gouffre, et y vider la corbeille pleinede terre qu’elles portaient sur leur tête.Cette terre provient des excavationsque quelques malheureuses paysannescontinuent. Effrayé de leur audace,j’essayai de les détourner; mais je n’ypus réussir. Ces infortunées languissentdans la misère la plus affreuse, et cen’est que par un travail forcé qu’ellestrouvent le moyen de satisfaire quel-ques-uns de leurs besoins.
Me bâtant d’abandonner ce lieu hor-rible et par ses souvenirs et par sa si-tuation , j’arrivai aux immenses sub-slructions du palais, qui paraît avoirété la principale résidence des empe-reurs, et la villa Jupiter, commencéepar Auguste et achevée par son suc-cesseur. Un tronçon de colonne encoredebout faisait partie de la porte d’en-trée, qui devait être fort étroite, sansdoute pour éviter les surprises. Aprèsl’avoir franchie, je descendis dans une
petite chambre carrée pavée en mosaï-que, où je trouvai quelques restes decolonnes. Les murs, suivant l’usage desRomains, en étaient de constructionréticulaire, c’est-à-dire composés debriques longues et étroites, en formede losange alongé. La partie longues’enfoncait dans le mur, la partie courteen formait le parement; ce qui donnaitau stuc dont on le revêtait plus de soli-dité, et permettait de peindre à fresque.Un corridor et un escalier de marbrecon-duisentà l’étage supérieur.Les apparte-mens inférieurs, qui ressemblent plusà des prisons qu’à autre chose, doiventavoir été destinés à la tourbe innombra-ble des valets, et pour cette cause nom-més crypto-portiques. Dans les cham-bres du haut, où fut retrouvé un bas-relief représentant Crispine, femme del’empereur Commode , et Lucile, sasœur, je vis des murs encore revêtus deleur stuc, des seuils de portes en mar-bre , aussi bien conservés que s’ils ve-naient d’être posés, et deux immensessalles voûtées, dont une à moitié com-blée. Mon guide me dit que ces deuxsalles furent jadis un théâtre et desthermes. Je n’eus garde d’oublier degoûter l’eau d’une source qui les ali-mentait, et qu’on dit être la meilleurede l’île. Parmi ces chambres, il en estune que l’on affirme positivement avoirété celle de Tibère : elle conserve en-core tout son pavé en mosaïque, sonseuil en marbre blanc, et de petitsrestes de stuc sur ses murs. Je m’arrê-tai long-temps dans cette chambre. Quede réflexions ce lieu fait naître! C’estici qu’au milieu des plus honteuses or-gies il traçait ses listes de proscription.D’ici partait la mort pour aller planersur son vaste empire; Rome tremblaità cent cinquante milles de Capri ; lesénat courbait son front en recevantles décrets qui décimaient ses propres