Buch 
[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
Entstehung
Seite
42
JPEG-Download
 

L’ITALIE .

42

remarqué, à peu de distance de la ville,une construction ressemblant à unaquéduc, et une villa au milieu de jar-dins qui paraissent suspendus. Ce payspeut être comparé à une vallée suisse avec des oliviers, la mer et le soleilde Naples.

Notre guide nous parla de la grottede Dunega et du monastère de la Tri-nité, que nous ne devions pas oublier,et où il aurait le plaisir de conduirenos excellences. Il avait dans le cou-vent même « un suo compare » , etnous y serions reçus d’une manièreproportionnée à notre mérite « secon-do i nostri meriti ». Nous ne pouvionsrefuser une offre aussi obligeante.

A la porte du couvent était un reli-gieux qui nous accueillit avec cettehospitalité prescrite par la religion :le calessaro s’informa de Fra Tom~maso; on l’appela, et la reconnaissancefaite, nous fûmes annoncés commedeux étrangers de distinction, voya-geant pour notre plaisir et notre in-struction.Cette recommandation fit soneffet •. FraTommaso mit tous ses soinsà nous bien recevoir, nous fit parcou-rir divers grands corridors où sont lescellules des religieux, et nous intro-duisit dans la bibliothèque du couventqui possède une grande quantité d’an-ciens manuscrits : les Chartes des roislombards en faveur de la maison, etdatées depuis 84o jusqu’en 1077; uneBible en parchemin du huitième siècle,in-4°-, très-bien conservée, écrite enencre de diverses couleurs, et enrichiede plusieurs figures, dont quelques-unes nous étonnèrent par leurs nudités;une autre Bible remarquable par l’élé-gance des caractères , la blancheur duvélin et la fraîcheur des miniatures,mais qui n’est que du treizième siècle,et le Codex Longobardorurn de l’année1004, un des plus précieux manuscrits

de la bibliothèque. Nous descendîmesà l’église, dont la façade est d’unemédiocre architecture. Fra Tommasonous dit qu’elle renfermait les cendresde trois personnages illustres, maistrès-grands pécheurs, dont deux avaientexpié une portion de leurs péchés dansce monastère même ; nous demandâmesleurs noms : il ne les connaissait pas,mais ils avaient été tous trois des anti-papes.

Pendant qu’il nous occupait ainsi,Fra Tommaso avait pensé à nous :au sortir de l’église , nous trouvâ-mes un dîner monastique, abondant,proprement servi, mais sans recher-che. Nous y fîmes honneur avec d’au-tant plus de reconnaissance que nousétions à jeun. On nous servit en-core du café et des glaces. Ce forti-fiant nous permit de nous remettre peuaprès en route , en remerciant de leurgracieux accueil ces pieux cénobitesfort révérés dans la contrée. Le calessa-ro nous demanda comment nous avionsété traités : sur notre réponse, il nous ditqu’il en avait été ainsi toutes les foisqu’il avait conduit de nobles seigneursdans le couvent, et qu’il les avait re-commandés à son compère Fra Tom-maso. Il nous raconta ensuite l’histoirede ce moine , qu’un désespoir d’amouravait conduit au couvent ; elle peintles mœurs de la Calabre .

Sur le point d'épouser une jeune etjolie fille, dont il était aimé, les pré-paratifs faits, les joyaux achetés, unrival dédaigné l’avait assassinée; ja-mais pourtant elle ne l’avait encouragé,et la veille même, elle avait fait aveclui une espèce de pacte d’amitié, au-quel il avait souscrit. Lejour des noces,parée de ses plus beaux habits, lajeunefille, suivie d’un grand nombre de parenset d’amis, accompagnait à l’autel celuiqu’elle aimait. La cérémonie commen-