maient, par leur réunion et leur en-foncement, un golfe agréable, vientd’étre ruinée et ses environs fort mal-traités par un tremblement de tei’re enhiver, c’est-à-dire dans une saison quenos ancêtres croyaient exempte despérils de cette nature. La Campanie ,qui n’avait jamais été sans alarme,mais qui au moins s’était trouvée sansatteinte jusqu’alors , fut en grandepartie ravagée par ces violentes se-cousses du globe. Une partie d’Her-culanum a été détruite ; la colonie deNuceria a été endommagée. La villede Naples a essuyé des pertes plutôtparticulières que publiques, et a étélégèrement éprouvée par ce redoutablefléau. Plusieurs maisons de campagnesur la cime des montagnes ont ressentides secousses sans effet. On ajoutequ’un troupeau de six cents moutonsfut étouffé, que des statues ont étébrisées, et qu’après cet événement fu-neste, on vit errer dans les campagnesdes hommes privés de connaissance etde sens. »
Seize ans d’une tranquillité trom-peuse s’écoulèrent, après lesquelles lamontagne déploya de nouveau son ac-tivité effrayante. Pline le jeune adécrit, avec des détails très-circonstan-ciés et infiniment curieux , cette érup-tion affreuse qui laissa après elle dessouvenirs ineffaçables.
Dans une lettre à Tacite , il com-mence par raconter la mort de son on-cle qui périt, dans cette éruption,victime de son courage. Il était, àMisène , commandant la flotte romaine.Curieux d’observer de près un aussiterrible phénomène, et de porter dusecours aux malheureux menacés dela mort, il monte sur un vaisseau,traverse le golfe et se fait conduire àStabia ; partout règne la terreur et laconfusion, on fuit de tous côtés. Pline ,
^9
cependant, pour rassurer son amiPomponianus , chez lequel il était des-cendu , se livre au sommeil; mais, ré-veillé par le tumulte, il est forcé defuir jusqu’au rivage où, trouvant lamer trop agitée pour s’embarquer , ils’arrête, demande de l’eau, et se cou-che sur un drap qu’il fait étendre;bientôt des flammes , qui parurent plusgrandes et une odeur de soufre quiannonçait leur approche, mirent enfuite ceux qui l’accompagnaient; il selève appuyé sur deux serviteurs quine l’avaient point abandonné, et dansle moment il tombe mort : trois joursaprès, on retrouva au même endroitson corps entier couvert de la robequ’il avait quand il mourut, et dansla position d’un homme qui repose.
Dans une seconde lettre, Pline con-tinue ainsi, pour répondre à Tacite quilui avait demandé des détails plus cir-constanciés :
« Après que mon oncle fut parti,je continuai l’étude qui m’avait em-pêché de le suivre. Je pris le bain, jesoupai, je me couchai, et dormis peu, etd’un sommeilfort interrompu. Pendantplusieurs jours,un tremblement de terres’était fait sentir, et nous avait moinseffrayés, parce que la Campanie y estsujette. Il redoubla pendant cette nuitavec tant de violence, qu’on eût ditque tout était, non pas agité, maisrenversé. Ma mère entra brusquementdans ma chambre, et trouva que je melevais, dans le dessein de l’éveiller sielle eût été endormie. Nous nous as-seyons dans la cour, qui ne sépare lebâtiment d’avec la mer que par unfort petit espace. Comme je n’avais quedix-huit ans, je ne sais si je dois ap-peler fermeté ou imprudence ce que jefis : je demandai Tite-Live ; je me misà le lire, et je continuai à l’extraire,ainsi que j’aurais pu faire dans le plus