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grand calme. Un ami de mon onclesurvient ; il était nouvellement arrivéd’Espagne pour le voir. Dès cju’il nousaperçoit, ma mère et moi, assis , moiun livre à la main, il nous reproche,à elle sa tranquillité, à moi ma con-fiance. Je n’en levai pas les yeux dedessus mon livre. Il était déjà septheures du matin, et il ne paraissait en-core qu’une lumière faible, comme uneespèce de crépuscule. Alors les bâti-mens furent ébranlés avec de si fortessecousses, qu’il n’y eut plus de sûretéà demeurer dans un lieu, à la véritédécouvert, mais fort étroit. Nous pre-nons le parti de quitter la ville : le peu-ple épouvanté nous suit en foule, nouspresse, nous pousse; et ce qui, dansla frayeur, tient lieu de prudence,chacun ne croit rien de plus sûr que cequ’il voit faire aux autres. Après quenous fûmes sortis de la ville, nousnous arrêtons ; et là, nouveaux pro-diges, nouvelles frayeurs. Les voituresque nous avions emmenées avec nousétaient à tout moment si agitées, quoi-que dans un chemin très-uni, qu’on nepouvait, même 'en les appuyant avecde grosses pierres, les arrêter en uneplace. La mer semblait se renverser surelle-même, et être comme chassée duri-vage parl’ébranlement de la terre. Le ri-vage en elfetétait devenuplusspacieux,et se trouvait rempli de dilférens pois-sons demeurés à sec surle sable. Al’op-posite, une nue noire et horrible, d’oùsortaient des feux qui s’élançaient enserpentant, s’ouvrait et laissait échap-per cle longues fusées semblables à deséclairs, mais qui étaient beaucoupplus grandes. Alors l’ami dont je viensde parler revint une seconde fois etplus vivement à la charge. Si votrefrère, si votre oncle est vivant, nousdit-il, il souhaite sans doute que vousvous sauviez, et s’il est mort, il a
souhaité que vous lui surviviez. Qu’at-tendez-vous donc? pourquoi ne voussauvez-vous pas?Nous lui répondîmes,que nous ne pouvions songer à notresûreté, pendant que nous étions incer-tains du sort de mon oncle. L’Espagnol part sans tarder davantage, et chercheson salut dans une fuite précipitée.Presque aussitôt la nue tombe à terre,et couvre les mers : elle dérobait à nosyeux l’île de Capri , quelle envelop-pait , et nous faisait perdre de vue lepromontoire de Misène . Ma mère meconj ure , me presse, m’ordonne de mesauver, de quelque manière que cesoit; elle me remontre que cela est fa-cile à mon âge; et que pour elle,chargée d’années et d’embonpoint, ellene le pouvait faire ; quelle mourraitcontente si elle n’était point cause dema mort. Je lui déclare qu’il n’y avaitde salut pour moi qu’avec elle; jelui prends la main, et je l’oblige àdoubler le pas : elle le fait avec peine,et se reproche de me retarder. Lacendre commençait à tomber sur nous,quoiqu’en petite quantité. Je tourne latête, et j’aperçois derrière nous uneépaisse fumée qui nous suivait, en serépandant sur la terre comme un tor-rent. Pendant que nous voyons encore,quittons le grand chemin , dis-je à mamère , de peur qu’en le suivant la foulede ceux qui marchent sur nos pas nenous étouffe dans les ténèbres. A peinenous étions-nous écartés, qu’elles aug-mentèrent de telle sorte, qu’on eût cruêtre, non pas dans une de ces nuitsnoires, et sans lune, mais dans unechambre où toutes les lumières auraientété éteintes. Vous n’eussiez entenduque plaintes de femmes, que gémisse-mens d’enfans, que cris d’hommes.L’un appelait son père, l’autre son fils,l’autre sa femme ; ils ne se reconnais-saient qu’à la voix. Celui-là déplorait