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possédé de son litre de protecteur, etdéclaré jacobin pour avoir permis lemiracle de son sang à l’arrivée du géné-ral Championnet : en vain, l’avocatnommé pour le défendre, fit-il son pos-sible pour lui conserver ses préroga-tives, elles furent transférées à saintAntoine de Padoue , et celui-ci déclarépatron delà ville de Naples , titre qu’ilgarda jusques en ]8o5. A cette épo-que, une terrible éruption du Vésuve vint terrifier les Napolitains : la laven’était qu’à une demi-lieue de la ville ;on eut alors l’idée de recourir à saintJanvier dont la statue avait été relé-guée dans une petite chapelle : elle futportée en procession et réinstalée surle pont ; aussitôt que le Vésuve vit lamain que le saint tient levée, la laves’arrêta ; depuis lors , personne n’asongé à lui disputer un titre qu’il mé-ritait si bien ; mais pour ne pas encou-rir la disgrâce de saint Antoine qui,disait-on, s’était bien comporté pen-dant le temps de son investiture , on lelaissa tenir compagnie à ce grand saint.Saint Antoine n’en est pas moins restépatron du feu , et tous les ans , le jourde sa fête, on lui dresse des reposoirsà la porte de tous les théâtres, afinqu’il les préserve de l’incendie.
Pendant tout ce discours, l’abbé avaitété sérieux et mal à son aise. —« J’a-vais omis, dit-il, cette circonstance,parce qu’il m’eût été impossible de ladétailler comme vous venez de le faire :j’eusse parlé avec trop de conviction,et ma narration aurait eu quelquechose d’austère qui eût diminué sonmérite : il appartenait à vous seul depeindre ce fait, qui donnera à un étran-ger, souvent un peu incrédule en ma-tière de religion une idée de la puis-sance de notre saint protecteur, enmême temps quelle lui aura fourni
une nouvelle occasion d’apprécier lagrâce de votre esprit. »
Depuis quelques jours , il m’est im-possible de m’occuper d’autre choseque du Vésuve ; j’étais loin de m’at-tendre , en partant, qu’il me donneraitle spectacle que j’ai sous les yeux,spectacle unique, affreux , admirable ,hideux et sublime, que la plume nepeut rendre , et qu’il faut avoir vu pours’en faire une juste idée; il captivel’attention de chacun , et si on voulaitl’oublier un instant, des détonationseffrayantes , qui font trembler la terresous les pas , ramèneraient bientôt lapensée vers ce sujet du plus grand in-térêt. Les places publiques, les quais,sont encombrés par les malheureuxqui ont vu leurs villages brûlés, leursrécoltes perdues, et à qui il ne resteque la pitié publique pour avenir ;couchés pêle-mêle, au milieu du peud’objets qu’ilsont dérobés aux flammes,on voit ces infortunés plongés dans unmorne désespoir ; à côté d’eux leursfemmes, leurs enfans moins silencieuxdans leurs malheurs , poussent des gé-missemens affreux; des mères prienttout haut la Marlone de leur enleverles enfans à qui elles n’ont plus de painà donner. Ce tableau est un des plusdéchirans que j’ai jamais eu sous lesyeux.
Depuisl’éruption de juillet jusqu’au21 août (1834), volcan avait repris satranquillité ordinaire; le 22 au soir lenouveau cône commença à s’envelop-per au dedans et au dehors d’unefumée noire qui le dérobait à la vue;vers dix heures , le feu parut au hautdu cône , précédé d’une secousse : ilconsistait en éjections de pierres , descories et de sables enflammés, quicontinuèrent toute la nuit, et furentencore visibles aux premières heuresdu jour ; alors elles formèrent un com-