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Quel dommage, me dit Edouard,que nous ne soyons pas venus quel-ques mois auparavant assister au car-naval; c’est dans ces journées qu’il fautvoir le corso. Le 17 janvier, à la St.-An-toine, le carnaval commence. A daterde ce jour, jeudi et dimanche, il corsoa lieu à Toledo, depuis vingt et uneheures jusqu’à vingt - quatre. C’estvraiment une obligation de s’y mon-trer. Mais c’est surtout les derniersjours, et le lundi gras, qu’il est magni-fique; /a double file de voitures com-mence à S te.-Lucie, et va quelque-fois jusqu’à la route du camp, parcou-rant ainsi les rues de Toledo et desStudii ; les balcons sont garnis demonde; on dirait tout Naples trans-porté dans Toledo. La foule de piétonsn’est pas moins considérable. Entre cesdeux files de voitures, circulent celles dela cour, lorsqu’elle n’est pas masquée,car lorsqu’elle se masque, elles mar-chent à la file.
La rue est pleine d’un bout à l’autre,ce qui peut bien former deux centmille personnes, qui toutes veulentvoir à la fois; cependant quelqueshommes de la garde suffisent pour dis-siper la foule de ce peuple qui long-temps a passé pour être si redoutable,mais qui ne l’est que pour le bruit.
Entre les gens à pied et ceux envoiture se déclare une lutte, dont lesdragées font les frais; les personnesspectatrices sur les balcons s’en mêlentaussi. Il faut voir avec quelle adresseles masques des voitures lancent leursmunitions jusqu’au quatrième étage, aumoyen d’une cuillère en baleine à longmanche ; on jette aux plus jolies damesdes fleurs et des couronnes. Souvent unadorateur attend ce jour-là avec impa-tience pour se déclarer à celle qu’ilaime en secret depuis long-temps ; unefleur emblématique remplace un aveu,
et si celle à qui on en fait hommage lagarde, c’est qu’elle permet d’espérer.Alors, heureux de la certitude de sonbonheur, il attendra sans se lasser. Ici leshommes sont plus fidèles que les fem-mes; ils restent vingt ou trente ans liéspar le simple, serment de l’amour, etpendant tout ce temps ce sont toujoursles mêmes soins, les mêmes craintes,la même passion , le même bonheur ;dites-moi si un Français peut com-prendre cela?
De Toledo on revient chez soi ; onfait sa toilette eL l’on va terminer sa nuitau bal masquéi de Saint-Charles. C’estici l’usage, comme dans toutes les villesd’Italie , de faire d’une loge une salled’assemblée, on l’illumine. Les femmesy transportent leur salon, elles y re-çoivent et font des visites. On fait laconversation , on joue. Les fruits gla-cés , les rafraîchissemens de toute es-pèce se succèdent; les jours de bal ony soupe : c’est unenuit des plus agréa-bles. Le mardi, tout doit être terminé,à minuit commence le carême. Adieules plaisirs jusqu’à la Saint-Joseph,qu’on se réunit en famille pour man-ger des zeppole , pâte faite à l’huile etcouverte de sucre oude miel. Enfin vientla Semaine-Sainte, mais c’est à Rome qu’il faut l’aller voir dans toute sapompe, le luxe qu’on y déploie estinconcevable. Ici tout se passe, aucontraire, très-simplement; la céré-monie commence le jeudi à vingt-deux heures , et dure toute la soirée ,pour reprendre le vendredi jusqu’àmidi. On visite les tombeaux dressésdans les églises , coutume que nousavons dans le midi de la France . Cesdeux jours Toledo est débarrassé de sesmarchands et de ses lazzaroni, le plusgrand calme y règne ; défenses sontfaites aux voitures de circuler dans laville, au grand soulagement de ccspa'u-