vres chevaux qui sc remettent un peudes fatigues de l’année. La manièrede s’habiller est la même qu’en France ,et l'on porte les modes de Paris ; maisla Semaine-Sainte tout le monde doitêtre en noir; les femmes égaient cesombre costume par un. chapeau rose;elles se promènent à pied pour la seulefois de l’année. Le roi et la familleroyale se mêlent à la foule , sans gar-des , et simplement suivis de quelquesvalets-de-pied qui portent les coussinssur lesquels ils s’agenouillent dansleurs stations. On est tellement habi-tué à les voir dans les rues ou dansles promenades publiques, que jamaisun cri ne se fait entendre. La foule s’é-carte respectueusement de leur pas-sage , les hommes se découvrent ; voilàtout ce qu’on fait, encore ne l’exigent-ils pas.
Toledo est le point central des ob-servations, ce sont toujours les scènesles plus variées ; Edouard me fit re-marquer un capucin passant près denous. — « Regardez , me dit-il, toutesles femmes vont faire des signes avecleurs doigts qu’elles disposent en cornespour conjurer la jettatura ou maloc-chio. » C’est un sort que le malin vousjette, et que le Napolitain prétendéloigner par divers signes ; au fait, onne niera pas qu’il n’y ait une infinitéde personnes dont la figure omineusesemble porter malheur. On les nommejettatori. Pour être toujours en gardecontre leurs maléfices, les Napolitainesportent à 1 épaulette de leur corset unepetit corne en corail, les hommes lasuspendent à la chaîne de leur mon-tre : ce bienheureux préservatif estpartout. J’avais en effet remarqué cesingulier ornement dans les apparte-mens où le hasard m’avait conduit;j’avais vu dans les antichambres, dansles salons, dansles chambres à coucher,
d’énormes cornes de bœuf de Sicile ,s: ns me douter qu’elles fussent des para-tonnères contre la jettatura ; les capu-cins passent surtout pour être des jet-tatori du premier ordre, épithète dontla meilleure mine ne les préserve pas,et du plus loin que la Napolitaine aper-çoit un froc, toutes les cornes possiblessont braquées contre lui.
Les anciens avaient ce préjugé.César, Cicéron , Virgile, croyaientau fascinum. Horace en parle et veutle conjurer ; et en F rance ! combien dejoueurs perdans s’en prennent à leursvoisins qui les guignonent ;que n’adop-tent-ils le préservatif !
11 existe beaucoup d’autres supersti-tions, dont une est de croire chaquemaison de la ville sous la protectionimmédiate d’un génie, qu’ils nommentlabelle Ambriame. Si le moindre bruitse fait entendre dans l’intérieur, etqu’ils n’en puissent expliquer la cause,aussitôt on se recueille, on croit quec’estla présence de la belle Ambriame , quiest annoncée, et tout le monde prendune attitude respectueuse. Le regardfixe dans le vague, chacun attend cequ’il prétend être arrivé à quelquesheureux privilégiés, qu’elle manifestesa présence par une apparition com-plète, et ce n’est qu’après plusieursminutes de déception qu’ils renoncentà cet espoir ; néanmoins, la convictiond’avoir eu sa visite leur fait plaisir. Ilest des appartenions fort beaux quirestent inhabités, parce qu’ils sontsous l’influence d’une belle Ambriame,qui porte malheur, et quand le vent,qui s’engouffre dansles vastes galeriesdésertes de cette maison , vient retentiraux oreilles des voisins : « Ecoutez,vous disenl-ils, comme elle se la-mente !.... » En vain vous Lâcherez deleur persuader que c’est la brise quipleure, et non la belle Ambriame,