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ils vous traiteront d’esprit fort et gar-deront leur croyance.
Au moment où je riais aux éclats dece que je venais d’entendre, DonPaolovenait à nous. Edouard me poussa lecoude pour me rappeler l’usage quel’on a ici d’offrir le café à toute heure.Cette offre faite et acceptée, nous voilàdans une Bottega di caffe. Quiconquechercherait dans cès étabissemcns leluxe de nos cafés français , tomberaitdans une erreur étrange, on ne s’y as-sied même pas, excepté lorsqu’on veutse faire décrotter. L’on y boit deuxsortes de café, la solita qui se donnetoute sucrée, et il levante qui se sertcomme en France ; ce dernier est plusfort, meilleur et plus cher. Les Na-politains donnent la préférence àla solita. D. Paolo n’en accepte jamaisd’autres. « Comment voulez-vous, nousdit-il, j’ai trois ou quatre visites à faire,c’est donc autant de tasses qu’on m’of-frira, sans compter les rencontres im-prévues comme la vôtre. Je ne puissans impolitesse refuser; en prenantma solita, je satisfais à nos usages etje n’avale qu’un peu d’eau noircie. » Jeme rendis à ces raisons, et je payai neufsous pour trois solite. Il est cependantdans Naples , trois ou quatre cafésoù l’on peut aller s’asseoir ; onles appelle sorbetteria. Un singulierusage de ce pays, mais qui est grand etnoble, c’est que si, pendant que vousêtes à prendre vos glaces seul ou en so-ciété, une personne de votre connais-sance passe, elle se glisse auprès dusovbettaro et fait porlpp à son comptetoute la dépense de la soirée : quandvous demandez votre carte, on vousrépond que tout est payé, et souventvous ne pouvez savoir à qui vous êtesredevable de cette politesse.
La civilité va toujours en croissantà mesure qu’on avance en Italie •. à Na-
ples , elle est au dernier période. Toutétranger y est traité d’eccellenza parles gens du peuple ; un prêtre ôte jus-qu’à sa calotte pour saluer; la femmela plus laide est traitée de bella donna.Tout ainsi est au superlatif, et il sem-ble qu’on ne s'y arrête^ que parce quele langage ne fournit, pas d’expressionsplus fortes. Au reste, c’est un agré-ment pour les étrangers qui, n’y étantpoint accoutumés, sont toujours flattésdes propos obligeans qu’on leuradresse.
Les vengeances ati’oces, les jalousiescruelles qui étaient si communes dansles derniers siècles, ne paraissentplus aujourd’hui, du moins à Naples et dans les environs, elles commencentmême à disparaître de la province. Lanoblesse y vit en société avec la mêmeliberté qu’à Paris , et le peuple s’esthumanisé à son exemple. Mais , unechose à remarquer, c’est qu’on n’y ren-contre jamais de ces femmes qui, àParis et à Londres , font la honte deleur sexe et importunent les passons :il est vrai que des indicateurs se pla-cent dans des endroits connus, telsqu’auprès des théâtres et des caféstrès-fréquentés ; mais c’est encore avecune espèce de réserve ou de timidité,qui fait honneur aux mœurs. Les fem-mes publiques ont un quartier assigné,celui de Ponle-Oscuro, près la PortaCapuana.
Nous avions été présentés depuisquelques jours chez le ducd’Anzio , dontla maison, agréable et hospitalière, estle rendez-vous de la meilleure société ;tout ce cjui arrive d’étrangers distin-gués se fait un mérite d’y être admis.La duchesse nous parla de la France quelle aime, et quelle a visitée il y aquelques années : « Venez me voir, medit-elle, nous parlerons encore de votrepatrie.» Je le lui promis, et la quittaienchanté de son accueil et de sa beautés