u4
Emu parla pocsie de mes souvenirs,je voulus chercher ce fameux fleuveStyx ; mais, hélas ! je ne trouvai à saplace qu’un petit ruisseau qui serpen-tait lentement au milieu des joncs,et formait un marais. C’est pourtantlà que Virgile fait aborder son hérosconduit par la sibylle Déïphobe, qu’illui fait rencontrer Palinure, et où levieux Caron le reçoit dans sa barque.
Ecce gubernator sese Palinurus agebat,
Qui Libyco nuper cursu, dam sidéra servat,Exciderat puppi, mediis effusus in undis.
En., lib. vi, v. 338.
Palinure comme eux avait fini ses jours ;
Des astres de la nuit il observait le cours,Lorsqu’il tomba plongé dans la liquide plaine.
Trad. de Delille.
Ces fictions avaient probablementune réalité pour fondement, car toutecette terre était consacrée aux sépul-tures, dont on voit encore des restesconsidérables ; on y transportait lescendres ou les corps des habitons deMisène , et comme il fallait traverserce ruisseau pour y arriver, le batelieravait les mêmes fonctions que cellesattribuées à Caron dans les enfers.
■ Portitor lias liorrendus aquas et flumina servat
Es. lib. vr, v. 298.
L’effroyable Caron est nocher de cette onde.
Trad. de Delille.
Et dans le fait, tout autour du lacnous trouvâmes des débris de tom-beaux antiques, quatre dalles quiavaient porté des colonnes, et une par-tie circulaire assez grande qui pour-rait bien avoir été un temple.
L’abbé me parla d’une opinion en-tièrement opposée à la sienne, celledes commentateurs qui placent Caronà lAcliéron. Si cela est, ce batelierrendait le même service aux mortsde Cumes , que l’on transportait de
même aux Champs-Élysées, sépultureà égale distance de cette ville et deMisène , et qui pouvait leur êtrecommune. Pour y arriver de Cumes ,on passait l’Achéron, et de Misène , lefleuve Styx .
Navitaquosjamindèut Stygiâ prospexitabundâ.
En. lib. vi, v. 386.
Le nocher, qui du Styx fendait alors les flots.
Trad. de Delille.
Les Romains avaient autrefois unphare sur le sommet du mont de Mi-sène , attaché à la terre ferme par unisthme si étroit, que dans un endroitil n’a pas vingt pas de largeur.
C’est au bas de ce mont, ainsinommé par Énée , et dans une petiteanse formée sur la mer Thyrénienne,qu’est la grotte Dragonaria , en face del’île de Procida .
Monte sub aerio, qui nunc Misenus ab illoDicitur, æternumque tenet per secula noraen.
En., lib . vi, v. 235.
Et ces bords , 6 Misène ! ont conservé ton nom.
Trad. de Delille.
Nous eûmes la curiosité de nous yrendre, et faisant signe à une barquede pêcheur qui s’approcha, nous exé-cutâmes ce projet.
Cette grotte ou caverne nous offritcinq corridors de différente longueur,celui dumilieuâdeux cent vingt-quatrepieds, les autres sont égaux entre euxet n’en ont que cent soixante-dix ; leurlargeur est de quatre pas , sur une hau-teu r de vingt pieds. Douze gros pilastresla soutiennent, et forment ces corri-dors, dont la construction réticulaireatteste l’antiquité. La tradition veutqu’elle soit due à Néron , qui en auraitfait un réservoir pour les eaux ther-males de Baïa ; mais l’abbé, fidèle àson système , attribue avec raisonà Agrippa tous les ouvrages exécutésdans ces parages. Il veut que ce soit