i ï 8
rie la mer jusqu'au point culminant.Descendus de nos paisibles montures,un bon anachorète nousreçoit àla portede son ermitage; il nous conduit par'un corridor obscur sur une petite ter-rasse ouverte et située au bord d’un pré-cipice. 11 est impossible d’éprouver unesensation plus vive, et une plus agréa-ble surprise que celle que nous causela nouveauté de la scène qui se présenteà nos regards. La montée longue, maisgraduelle de Foria jusqu’au pic, nousavait empêchés d’apprécier la véritableélévation de cette montagne. Notre vueembrasse le territoire de Casamice ,d’ischia, d e Lacco, de Foria, et despetits villages et hameaux semés surla montagne même. L’île entière, vuede ce sommet, ressemble à une mi-niature , et présente les couleurs lesplus brillantes et les teintes les plusharmonieuses. L’ermitage est entière-ment taillé dans le roc, à l’exceptionde la seule façade de la chapelle quiest en maçonnerie. Le petit sanctuaireconserve sa simplicité q>rimitive, mal-gré sa renommée de pèlerinage qui yattire toujours un concours très-nom-breux. Le paisible habitant de cet antremène une vie contemplative dans cetteretraite la plus propre à nourrir lessentimens les plus purs , il y est pourainsi dire placé entre le ciel et la terre.
Au lieu de descendre en droite ligne,nous fîmes le tour du reste de la basede l’Épomée ; peu d’étrangers parcou-rent ce chemin solitaire et sauvage,rempli d’objets propres à faire oublierle surcroît de fatigue que peut causercette dernière excursion. Nous devionsarriver par-là à Casamice ; mais, pouréviter une descente pénible , nous re-broussâmes chemin pour voir l’aqué-duc, à fleur de terre, qui traverse lapente opposée de l’Epomée et porteles eaux de Buceto au Bourg. Demi-
heure après, nous étions à Casamice,dont les bains ont tant de réputation.C’est ici que l’on afflue de tous lespoints du royaume , et que se trouveréunie toute la bonne société. Nous vi-sitâmes en détail l’établissement desbains publics, où régnent une propretéet un ordre exemplaire, et où troiscents pauvres malades viennent cha-que année se faire guérir aux frais del’hôpital de Naples . Ces malheureuxcommencent par les bains, puis on lesplonge dans le sable qui, même sousl’eau , conserve une chaleur brûlante.
Près de Casamice est un rocherd’ancienne lave formant caverne, où l’onrafraîchit les fruits et les boissons aussifortement qu’avec de la glace : il n’estpas possible d’y rester plusieurs minu-tes sans souffrir des douleurs insup-portables. Cette fraîcheur est d’autantplus étonnante, qu’elle n’est jamaisaccompagnée de vent. Il y a apparencequ’elle doit sa naissance à la prodi-gieuse quantité de nitre, dont tout leterrain abonde.
Nous ne pouvions manquer d’allervoir la fameuse fabrique de chapeauxde paille, où l’on fait aussi des corbeil-les , dont quelques-unes verront laFrance .
C’était là tout ce que nous avions àvoir , car les antiquités d’ischia se bor-nent à quelques inscriptions et à quel-ques bas-reliefs : on y a trouvé cepen-dant un vas# funéraire en marbre blancavec une inscription.
De retour de notre course, D. Fran-cesco me fit servir un dîner dans le-quel figurèrent des lapins, des poulesd’eau et des volailles dont File abonde,et nous y bûmes l’excellent vin qu’ellefournit, mais il avait été obligé d’en-voyer chercher la viande et le pain àNaples . Pendant le repas , nous fûmesservis par des femmes de l’île de Pro-