Buch 
[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
Entstehung
Seite
209
JPEG-Download
 

2°9

ABRUZZES, TOUILLE, CALABRES , etc.

celui de la femme de l’Abruzze ulté-rieure.

Quelle que soit en ellét la somptuo-sité des vêtemens des dames de Lon-dres et de Paris , il est difficile qu’ilsaient (du moins quant à la forme)plus de recherche et d’opulence. Sousune coiffure faite d’un tissu aussi am-ple qu’il est léger , élégamment brodéet festonné , se dessine un riche corsetdont les manches bouffantes sont atta-chées par des nœuds de rubans rosesà la robe qu’il surmonte. Une grandejupe aurore flotte en plis ondoyans ,et dessous, un tablier blanc empreintd’une large bordure brodée, achèvel’ensemble du vêtement. De longs etlarges anneaux d’or pendent aux oreil-les de l’opulente paysanne; et, douéequ’elle est d’une haute stature, sonaspect n’est pas moins agréable qu’ilest imposant.

Il serait difficile en effet de trouver(si ce n’est dans la Lombardie dontnous parlerons plus tard), dans les fem-mes des provinces du royaume de Na-ples , des formes plus nobles et unplus beau sang! Et nous attestons, àcet égard, le pinceau des Sclieffer etdes Delacroix , qui se sont complus àles peindre. Mais que sont-ils auprèsdes habitans de Badessa , leurs voi-sins !

Albanais d’origine, et venus dansl’Abruzze depuis plusieurs siècles ,la femme est colossale, ainsi quel’homme, et douée d’une de ces fi-gures grecques faite de l’ovale le plusrégulier; elle porte une longue tuniquesur un jupon brodé comme l’étaient lesvêtemens des Héraclides , tandis quel’autre en porte une courte que retientune large ceinture. Des croix, un amasde bijoux, ornent le sein de la femme,et un yatthagan, ou large poignard, lapoitrine de l’homme. Un long sabre,N.

un long fusil, des pistolets, complètentcette armure, qui brille sous un vête-ment , mélange informe du costumedes Grecs antiques et de ceux de nosjours. Un large bonnet, entouré d’uneépaisse fourrure, s’arrondit sur la fi-gure pleine d’expression et d’ardeur dece fantassin, errant par monts et parvaux, et qu’emploie le seigneur deslieux qu’il habite à la garde de ses bois.Tel est l’Albanais de Badessa.

Mais il est temps de nous dirigersur la Pouille , féconde en oppositionsde terrain,différentes en tout de cellesqu’offrent l’Abruzze , et d’y aller puiserde nouvelles émotions.

Rien ne ressemble moins, en effet,à la première de ces provinces que celledans laquelle nous allons entrer; maisnous n’en goûterons que mieux le plai-sir des contrastes.

Après quelques jours de trajet autravers de montagnes, les unes arides,les autres fécondes, mais toutes vastes,hardies, imposantes, intersectées devallées aussi variées dans leurs for-mes que fertiles en paysages ravissans,nous voici parvenus à l’antique Equn-tuticum, citée, non-seulement dansl’itinéraire d’Antonin, mais dans lesixième livre des lettres de Cicéron àAtticus,et le huitième deVirçile; ellenous annonce à la fois Luceria et Fog-gia villes , toutes deux importantesde la Pouille, et même Troya , qui,placée sur la dernière éminence del’Apennin expirant, n’a de célèbre queson nom.

Ces belles contrées n’ont point d’hi-ver, et l’on est en droit de les doter,sans hyperbole poétique, d’un éternelprintemps. A l’époque où nous les sa-luons, il s’offre à nous dans toute sagrâce et sa magnificence ! Arrivés dansLucera,nous nous retrouvons sur lesol désolé des Samnites, qui là, virent

2 4