une volonté du ciel qui prenait enpitié la terre, le barbare fut frappé demort. Tel qu’Attila , il succomba sousles coups d’une apoplexie, fruit desexcès de ses violences et de son peu demodération dans les plaisirs. Qu’onjuge de la stupeur de son armée à l’as-pect du corps inanimé de son chef, quinaguères était plein de force et de vie !Elle s’arrêta morne et désolée, et s’ap-prêta à lui faire des obsèques dignes delui.
Deux torrens qui, dans la saison despluies, deviennent des fleuves, coulentau pied delà capitale de la Calabre ety mêlent leurs flots errans et rapides;ils cacheront facilement les restes dusauvage héros, et l’armée résout aussi-tôt de les y ensevelir. Des myriadesd’hommes en détournèrent le cours ;et quand le lit du fleuve fut mis à sec,ils y déposèrent respectueusement lecadavre vêtu du roi, mêlé aux plusriches dépouilles ; mais à peine placé _,les eaux sont rendues à leur cours,et elles dérobent à jamais aux regardsdes hommes des restes aussi chers qu’ilssont regrettés : telles furent les funé-railles d’Alaric.
Parvenus que nous sommes au fondde la Calabre , il nous reste à parlerde ses malheurs, après avoir entretenunos lecteurs de sa terre féconde et deson beau ciel, et la narration de ce queles tremblemens de terre lui ont faitsubir d’épouvante et de calamités, estune dette que nous devons acquitter,bien qu’elle soit aussi difficile à rem-plir que douloureuse ! Nous n’avonspas cru, pour cela, devoir exhumerl’antiquité, et remontant seulement ausiècle qui a précédé celui dans lequelnous sommes, le récit que le célèbrepère Kircber, auteur du Monde sou-terrain et de plusieurs auLres ouvrages,fait du tremblement de i663, et celuiN.
que M. de Gourbillon, auteur d’un ré-cent voyage en Sicile , fait de l’épou-vantable désastre qui renversa en 1784,non - seulement les Calabres , mais laSicile , suffisent pour faire voir com-bien les peuples , placés dans de beauxclimats, et dotés de tous les dons dela nature et du génie, payent cher cesbienfaits, précieux sans doute, maissouvent aussi dangereux qu’ils sontrares !
Récit de Kircher.
« Le 27 mars i63S, au point du jour,nous quittâmes la côte de la Sicile : la merétait extraordinairement agitée et roulaiten tourbillons horribles, surtout près desrochers de Scylla , fameux par tant denaufrages. Nous fûmes saisis d’effroi ; et lesplus hardis de nos matelots ne l’étaient pasmoins que nous. Lorsque nous fûmes arri-vés entre Lipari et le cap Vaticano , j’ob-servai avec beaucoup d’attention l’aspectde l’Etna et du Stromboli . Ils vomissaientd’énormes masses de fumée, qui, bientôts’étendant sur l’horizon du côté du midi,dérobèrent à nos yeux non-seulement, lesîles de Lipari , mais toute la Sicile . L’hor-reur de cet aspect était encore augmentée pardes ci’aquemens souterrains, accompagnésd’une forte odeur de soufre. Ce bruit ef-frayant semblait pronostiquer la catastrophequi se préparait pour Naples et la Sicile .Saisis d’épouvante, nous gouvernâmes droitau cap Katicano , et passâmes près deStromboli sans pouvoir la distinguer, parcequ’elle était enveloppée de nuages impéné-trables ; mais nos oreilles furent frappéespar de fortes explosions, et notre respira-tion fut coupée par l’odeur du soufre.Quoique l’air fût parfaitement serein etranquille, la mer était violemment agitéeet bouillonnait : elle paraissait entièrementdifférente de son état naturel. Si l’on veutse faire une juste idée de ce bouillonnementdelà mer, il faut se représenter l’effet d’uneforte ondée de pluie sur un étang, et lesbulles qu’elle y forme. A mesure que nousapprochions du cap , ces symptômes ef-frayans augmentaient et me causaient un