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[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
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L’ITALIE .

abattement singulier. J’eus une sorte depressentiment du malheur qui allait arri-ver. Dans cette appréhension je fis entendreavec force à mes compagnons que nousétions incessamment menacés d’une violentesecousse de tremblement de terre, et qu’ilme semblait prudent de ne pas s’approcherdu cap pour n’être pas ensevelis sous lesdébris des rochers que je prévoyais devoirse détacher du continent, et être précipitésdans la mer. L’événement justifia mon pres-sentiment : car environ deux heures après,ainsi que nous l’apprîmes depuis, un énormefragment de ce promontoire se sépara de laterre et s’écroula dans les flots avec toutesles maisons qui étaient bâties dessus. Nouspoursuivîmes toujours notre route, et nousarrivâmes en bonne santé à Tropea , n’i-maginant pas que les dangers auxquels nousvenions d’échapper sur la mer n’étaient rienen comparaison de ceux qui nous attendaientà terre. Nous fûmes trompés par l’aspectcalme de l’atmosphère. J’avais à peine passéla porte du collège, lorsqu’un bruit sou-terrain épouvantable, qui ressemblait à ce-lui de plusieurs voitures roulant très-vite,fut suivi d’une secousse si terrible, que lecollège , la ville, et le rocher même sur le-quel elle est bâtie , se balancèrent forte-ment. La terre se souleva tellement, que,ne pouvant me soutenir debout, je tom-bai. Aussitôt que je pus me relever, jecourus gagner mon bateau et je mis aulai'ge. Le lendemain nous fûmes à la Ra-cketta- , quoique la mer fût très - grosse ;mais lorsque nous descendîmes, les se-cousses recommencèrent avec une nouvellefurie, et nous obligèrent de remettre enmer. JNous continuâmes toujours notrevoyage pour chercher quelque lieu de sû-reté. A peine avions-nous quitté ce vil-lage , qu’il fut bouleversé de fond en com-ble, et tous les habitans ensevelis sousles ruines. Nous descendîmes encore au delàde Pizza ; mais alors notre situation futpire que jamais. D’un côté la mer roulaitaussi grosse que des montagnes, de l’autreon ne voyait et on n’entendait que la des-truction des villes et villages. Je jetai alorsun coup d’œil inquiet vers Stromboli , et

je vis que le volcan brûlait avec une violenceextraordinaire, une nappe continuelle defeu le couvrait tout entier : on ne pouvaitrien voir de plus horrible. Ensuite un bruitsourd, semblable à celui du tonnerre dansleloignement, se propageait par les en-trailles de la terre, en se renforçant conti-nuellement jusque sous nos pieds. Alorsses ébranlemens étaient terribles au delà detoute imagination j de sorte que chacun denous, ne pouvant plus se soutenir, s’accro-chait aux branches des arbres.

» Lorsqu’enfin cette affreuse convulsioncessa, et que nous pûmes nous relever dela tombe pour regarder encore une fois lalumière des cieux, nous jetâmes les yeuxvers la ville de Sain Le-E aphémie où nousvoulions nous rendre : mais nous ne vîmesà sa place qu’un sombre nuage; et à me-sure qu’il se dissipait, nous distinguâmes, aulieu de maisons et d’églises, un lac fétide.Quoique presque hors de nous par l’éton-nement que cela nous causait, nous cher-châmes avec empressement quelqu’un quipût nous donner des détails sur ce terribleévénement, et, après bien des recherches,nous ne trouvâmes qu’un jeune hommeassis sur le rivage et accablé de frayeur.Nous le questionnâmes sur le sort de Sainte-Euphêmie •• mais nous ne pûmes en tireraucune réponse ; car la crainte , la douleuret le désespoir lui avaient ôté la parole etglacé lame. Ni caresses, ni promesses , nefurent capables de lui arracher un mot.Anéanti par la douleur, il rejeta avec dé-goût les vivres que nous lui présentâmes ,et il n’eut que le courage de nous montrerdu doigt la place où avait été située Sainte-Euphémie. Inaccessible à la consolation ,les yeux baissés, et avec l'air d’un hommepétrifié par la douleur, il nous quitta, ets’enfonça dans le bois voisin. Nous conti-nuâmes notre route par plusieurs endroitsqui n’offraient qu’un vaste spectacle de dé-solation, et ne trouvâmes, pendant un es-pace de deux cents milles, que des villesruinées , et des habitans errans au milieude la campagne, ou privés de sentimentpar la crainte et l’effroi. »