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Récit de M. de Gourbillon.
« Le 4 février i^83 (i), au sud-ouest duvillage de Saint-Lucide, étaient situés le lacet la montagne de Saint-Jean ; le 5, le lacet la montagne disparurent ; une plaine ma-récageuse prit leur place ; et le premier futporté, plus à l’ouest, entre la rivière Ca-cacieri, et le site qu’il avait précédemmentoccupé. Un second lac fut formé le mêmejour, entre la rivière d’Acqua-Bianca et lebras supérieur de la rivière Acqua-di-PesceTout le terrain qui aboutit à la rivièreLéone, et qui longe celle de Torbido , futégalement rempli de marais et de petitsétangs.
» La belle église de la Trinité , à Mileto ,l’une des plus anciennes villes des deux Ca-labres , s’engouffra tout à coup , le 5 février,de manière à ne plus laisser apercevoir quel’extrémité de la flèche du clocher. Un faitplus inoui encore, c’est que tout ce vasteédifice s'enfonça dans la terre sans qu’au-cune de ses parties parussent avoir souffertle moindre déplacement.
» De profonds abîmes s’ouvrirent sur toutel’étendue de la route tracée sur le montLaké [Lâche) ; route qui conduit au vil-lage d’Iërocrâne.
» Le père Agace, supérieur d’un couventde carmes, dans ce dernier village, étaitsur cette route au moment d’une des fortessecousses. La terre vacillante s’ouvrit bien-tôt sous lui ; les crevasses s’entr’ouvraient etse refermaient progressivement, avec unbruit et une rapidité remarquables. L’infor-tuné moine, cédant à une terreur fort na-turelle sans doute, se livre machinalementà la fuite ; bientôt l’avide terre le retient
(i) Ces détails sur le tremblement de terredes deux Calabres sont tirés en partie du rap-port ofliciel fait au gouvernement par la com-mission instituée à cet effet, et des renseigne-mens qui m’ont été donnés par les acteurs mêmesou témoins oculaires de cette grande tragédie.
(Note (le M. de Gourbillon . )
Ce qui concerne Messine et ses désastres seraraconté dans la description de la Sicile , qui vasuivre celle du royaume de Naples .
(Noie de l'Éditeur.)
par un pied, quelle engloutit et quelle en-ferme. La douleur qu’il éprouve, l’épou-vante qui le saisit, le tableau affreux quil’entoure, l’ont à peine privé de l’usage deses sens, qu’une secousse violente le rap-pelle à lui-meme; l’abîme qui le retients’ouvre, et la cause de son infortune devientcelle de sa délivrance.
» Trois liabitans de Soriane, VincentGreco, Paul Fclia, et Michel Roviti, par-courent les environs de cette ville, pourvisiter le site où onze autres personnes ontété misérablement englouties la veille -. celieu était situé au bord de la rivière Cha-rybde. Surpris eux-mêmes par le tremble-ment de terre, les deux premiers parviennentà s’échapper ; Roviti seul est moins heureuxque les autres ; il tombe la face contre terre,et la terre s’affaisse sous lui ; tantôt ellel’attire dans son sein, et tantôt le vomitau dehors. A demi submergé dans les eauxfangeuses d’un terrain devenu tout à coupaquatique, le malheureux est long-tempsballotté par les flots terraqués, qui enfinle jettent à une grande distance, horrible-ment meurtri, mais encore existant. Le fusilqu’il portait fut retrouvé, huit jours en-suite, au bord du nouveau lit que la Ca-rybde s était formé.
» Dans une maison de la même ville, qui,comme toutes les autres, avait été détruitede fond en comble, un bouge, contenantdeux porcs, résista seul à la ruine commune.Trente-deux jours après le tremblement deterre, leur retraite fut découverte au milieudes décombres ; et, au grand étonnementdes ouvriers, les deux animaux apparurentsur le seuil protecteur. Pendant ces trente-deux jours, ils n’avaient pris aucun alimentquelconque ; et l’air, indispensable même àleur existence, n’avait pu passer jusqu’àeux, qu’au travers de quelques fissures im-perceptibles. Ces animaux étaient vacillanssur leurs jambes, et d’une maigreur remar-quable. Ils refusèrent d’abord toute espècede nourriture, et se jetèrent si avidementsur l’eau qui leur fut présentée, qu’on eûtdit qu’ils craignaient d’en être encore privés.Quarante jours après, ils étaient aussi grasque de coutume : on les tua tous deux. 11