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semble, cependant, qu’en considération durôle qu’ils avaient joué dans cette grandetragédie, ils devaient avoir la vie sauve.
, » Au manque absolu des choses les plusnécessaires à l’homme, par suite de la des-truction des magasins et des vivres, se joi-gnit bientôt encore la qualité défectueusedes alimens découverts avec peine au mi-lieu des ruines. L’altération la plus remar-quable fut celle du blé , des huiles, du vi-naigre et du vin. Le blé avait un goût ter-reux , l’huile était plus épaisse, plus pesante,et d’un goût aigre ; le vinaigre était éventé etfade ; les vins légers étaient décomposés,sans force et sans couleur ; les gros vinsétaient troubles et d’une saveur nauséa-bonde.
» Sur le penchant d’une montagne quimène , ou plutôt qui menait à la petiteville d’Acena, un précipice immense et es-carpé s’entr’ouvrit tout à coup sur la tota-lité de la route de Saint-Ëtienne-du-Bois àcette même ville. Un fait très-remarquable,et qui , partout ailleurs, eût suffi, pourchanger entièrement le plan ordinaire deconstruction des bâtimens publics, dans unpays, qui, comme celui-ci, est incessammentexposé aux tremblemens de terre ; c’estqu’au milieu du bouleversement général,trois vieilles maisons de figures pyramidale,furent les seuls édifices qui demeurèrentsur pied. La montagne est maintenant uneplaine.
» Les ruines du bourg de Carida, et cellesdes deux villages de Saint-Pierre et Crepo-li, présentent un fait tout aussi remar-quable : le sol de ces trois différons lieux ,est aujourd’hui fort au-dessus sous de sonancien niveau.
» Sur toute l’étendue du pays ravagépar le tremblement de terre, on remarqua(sans pouvoir cependant s’en expliquer lacause) des espèces de cercles empreints surle terrein ; ces cercles étaient généralementde la grandeur de la petite roue d’un car-rosse; ils étaient creusés , en forme de spi-rale , à onze ou seize pouces de profondeur ;ils n’offraient aucune autre trace du pas-sage des eaux qui les avaient formés sansdoute, qu’une espèce de tube ou conduit,
pour ainsi dire imperceptible, souvent mêmeimpossible à voir ; et qui en occupait ordi-nairement le centre. Quand à la naturemême des eaux en question, jaillies tout àcoup hors du sein de la terre ; la vérité secache dans la foule des conjectures et desdifférens rapports. Les uns prétendent quedes eaux bouillantes jaillirent du milieu deces crevasses, et citent plusieurs habitansqui en portent encore les marques ; d’autresnient le fait, et soutiennent que ces eauxétaient froides, au contraire , et tellementimprégnées d’une odeur sulfureuse, quel’air même en fut long-temps infecté ; enfin,quelques-uns démentent l’une et l’autre as-sertion , et ne voient dans ces eaux, que deseaux ordinaires de rivière ou de source.Ces différens rapports peuvent être égale-ment vrais, selon moi, eu égard aux lieuxoù les observations furent faites ; puisqu’ilest vrai de dire que le sol en question ren-ferme effectivement ces trois différentes es-pèces d’eaux.
» La ville de Rosarne fut entièrementdétruite ; la rivière qui la traversait, et quiporte encore le même nom, présenta unphénomène remarquable : au moment dela secousse qui renversa toute la ville, cetterivière, fort grosse et fort rapide en hiver,suspendit tout à coup son cours.
» La route qui allait de cette même villeà Saint-Fili, s’enfonça sous elle-même, etdevint un précipice affreux. Les rocs les plusescarpés ne résistèrent pas à ce bouleverse-ment de la nature : ceux qui ne furent pasentièrement renversés, sont encore tailladésde tout sens, et couverts de larges fissures,comme s’ils eussent été coupés à dessein,avec un instrument tranchant. Quelque-unssont, pour ainsi dire, découpés à jour, de-puis leur base jusqu’à leur cime, et présen-tent à l’œil étonné, comme autant d’espècesde ruelles qui seraient creusées par l’art,dans l’épaisseur de la montagne.
» Du milieu des ruines de la malheureuseville de Polistène s’éleva le cri de l’amourmaternel ; et ce cri mérite d’être répété.
» Deux femmes étaient dans la mêmechambre , au moment où leur maison s’af-faissa. Ces deux femmes étaient mères ; l’une