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[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
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L’ITALIE .

entrailles ; triste et court précurseur de laruine et de la mort, ce murmure devientbientôt un bruit horrible. Trois fois la villeest soulevée fort au-dessus du niveau na-turel ; trois fois elle est portée à plusieurspieds au-dessous ; et Tauranium n’est plus.

» Quelques-uns des quartiers de la villefurent subitement arrachés à leur situationnaturelle : soulevés avec le sol qui leur ser-vait de base, les uns furent lancés jusquesur les bords du Soli et du Marro, quibaignaient les murs de la ville ; ceux-là àtrois cents pas, ceux-ci à six cents de dis-tance ; d’autres furent jetés çà et là, sur lapente de la montagne qui dominait la ville,et sur laquelle celle-ci était construite. Unbruit plus fort que celui du tonnerre, etqui, à de courts intervalles , laisse à peineentendre des gémissemens sourds et confus ;des nuages épais et noirâtres s’élevant dumilieu des ruines ; tel est l’effet général de cevaste chaos, où la terre et la pierre, l’eauet le feu , l’homme et la brute, sont jetéspêle-mêle ensemble.

» Un petit nombre de victimes échappè-rent cependant à la mort ; et ce qu’il y a deplus étrange, c’est que cette même nature,qui semblait si avide du sang de tous, sau-va ceux-ci de sa propre rage, par des moyenssi inouis et si forts, qu’on eût dit qu’elleprétendait prouver le peu de cas qu’elle faitde la vie et de la mort de l’homme !

» Cependant une nuit affreuse succède àun jour d’horreur. La grêle , les vents et lafoudre semblaient vouloir exterminer le peuque la terre avait rejeté de son sein. Cetteterre n’était pas même tranquille : en moinsd’une heure de temps, trois violentes se-cousses la soulevèrent encore ; et ces oscil-lations continuelles rouvrirent aux regardsdes victimes la tombe où elles devaient ren-trer.

» La ville de Terra-Nova fut détruite parce quadruple genre de tremblement de terre,connu sous les différentes dénominations desecousses déoscillation, d’élévation, de dé-pression et de bondissement. Ce derniergenre, le plus horrible comme le plus inouide tous, consiste, non-seulement dans lechangement de situation des parties consti-

tuantes d’un corps, mais aussi dans cetteespèce de mouvement de projection , quiélance une de ces mêmes parties vers unlieu différent de celui qu’elle occupe. Lesruines de cette malheureuse ville offrentencore tant d’exemples de ce genre, quel’esprit le plus incrédule serait forcé d’enreconnaître l’existence. J’en rapporterai iciquelques-uns.

» La totalité des maisons situées au bordde la plate-forme de la montagne, toutescelles qui formaient les rues aboutissantesaux portes dites du Yent et de Saint-Sébas-tien ; tous ces édifices, dis-je, les uns à demidétruits, les autres sans aucuns dommagesremarquables, furent arrachés à leur sitenaturel, et jetés, soit sur le penchant de lamontagne, soit au bord du Soli et du Mar-ro , soit enfin au delà de cette premièrerivière. Cet événement inoui donna lieuà la cause la plus étrange sur laquelle lestribunaux aient jamais eu à prononcer.

» Après cette étrange mutation de lieux,le propriétaire d’un enclos planté d’oliviers,naguères situé au bord de la plate-forme enquestion, reconnut que son enclos et sesarbres avaient été transportés au delà duSoli, sur un terrain jadis planté de mûriers ;terrain alors disparu', et qui appartenaitavant à un autre habitant de Terra-Nova.Sur la réclamation qu’il fait de sa propriété,celui-ci appuie le refus de la rendre sur ceque l’enclos en question avait pris la placede son propre terrain , et l’en avait consé-quemment privé. Cette question , aussi nou-velle que difficile à résoudre, en ce que rienne pouvait prouver en effet que la dispari-tion d’un des sols n’eût pas été l’effet im-médiat de la chute et de la prise de posses-sion de l’autre ; cette question , dis-je , nepouvait être décidée que par accommode-ment mutuel. Des arbitres furent nommés ,et le propriétaire du terrain usurpateur futtenu à partager ses olives avec le maître duterrain usurpé.

» Dans la rue dont il a été parlé plus hautétait une auberge, située à environ troiscents pas de la rivière Soli : un momentavant la secousse formidable, l’hôte, nom-mé Jean Aquilino, sa femme, une de leurs