nièces, et quatre voyageurs, se trouvaientréunis dans une salle par bas de l’auberge.Au fond de cette salle était un lit ; au pieddu lit, un brasier, espèce de grand vase,qui contient de la braise enflammée, seuleet unique cheminée de toute l’Italie méri-dionale; enfin, autour de la salle, quel-ques chaises, une table, et différens autresmeubles à l’usage de cette famille. L’hôteétait couché sur le lit, et profondément en-dormi ; sa femme, assise devant le brasier,et les pieds appuyés sur sa base , soutenaitdans ses bras sa jeune nièce qui jouait avecelle ; quant aux voyageurs, placés autourd’une table, à la gauche de la porte d’entrée,ils faisaient une partie de cartes.
» Telles étaient les diverses attitudes despersonnages, et la disposition même de lascène, lorsque, en moins de temps qu’il n’enfaut pour le dire, le théâtre et les acteurseurent changé de place. Une secousse vio-lente arrache la maison du sol qui lui sertde base ; et la maison , l’hôte, l’hôtesse, lanièce et les voyageurs sont jetés tout à coupau delà de la rivière : un abîme paraît à leurplace.
» A peine cet énorme amas de terres, depierres, de matériaux et d’hommes tombe-t-il de l’autre côté de la rivière, qu’il creusede nouveaux fondemens , et le bâtimentmême n’est plus qu’un mélange confus deruines. La destruction de la salle principaleoffrit des particularités remarquables. Lemur contre lequel le lit était placé s’écroulavers la partie extérieure ; celui qui touchaità la porte , placée en face de ce même lit ;ce mur, dis-je, plia d’abord sur lui-même ,dans l’intérieur de la salle, puis tomba endehors. Le même effet fut produit par lesmurailles, à l’angle desquelles étaient placésnos quatre joueurs, qui déjà ne jouaientplus. Le toit fut enlevé, comme par en-chantement , et jeté à une plus grande dis-tance que la maison même.
» Une fois établie sur son nouveausite, et entièrement dégagée de tous lesdécombres qui en cachaient l’effet , lamachine ambulante présenta à la fois unescène curieuse et horrible. Le lit était à laBlême place ; il s’était seulement effondré
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sur lui-même. L’hôte s’était réveilléet croyaitdormir encore. Sa femme, pendant cetétrange voyage qu’elle ne soupçonnait paselle-même; sa femme, dis-je, imaginantque le brasier glissait seulement sous sespieds, s’était baissée pour le retenir ; et cetteaction avait été sans doute la seule et uniquecause de sa chute sur le plancher. Maisdès qu’elle se fut relevée, dès qu’elle aper-çut , par l’ouverture de la porte, des objetset des sites nouveaux, elle crut rêver elle-même , et faillit de devenir folle.
» Ici, malheureusement, finit la partieplaisante de la scène.
» Bientôt, abandonnée par sa tante, aumoment même où celle-ci se baisse pour re-tenir le brasier , la jeune fille court, épou-vantée, vers la porte, qui tombe et l’écrasesous sa chute. Un sort semblable atteint lesquatre malheureux voyageurs, qui, sansavoir le temps de fuir ni de prévoir le dan-ger, passent du jeu dans la tombe.
» Cent témoins oculaires de cette catas-trophe inouie existent au moment où j’é-cris : le procès-verbal d’où est tiré ce récit,fut dressé quelques mois après sur les lieux ;et appuyé des déclarations de l’hôte et de safemme, qui vivent sans doute encore.
» Les effets inouis du tremblement deterre par bondissement ne se font pas sen-tir aux seuls édifices ; les phénomènes qu’ilsproduisent à l’égard des hommes mêmes nesont ni moins forts ni moins étonnans ; et cequ’il y a de plus étrange, c’est que cetteparticularité, qui, dans toute autre circon-stance , est la cause immédiate de la pertedes habitations et des hommes, devient par-fois aussi la source du salut des unes et desautres.
» Un médecin de cette même ville, M. l’ab-bé Tarvêrna, habitait une maison à deuxétages, située dans la rue principale, près lecouvent de Sainte-Catherine. Cette maisoncommença par trembler ; elle vacilla ensuite ;puis les murs, les toits et les planchers s’é-levèrent , s’abaissèrent, et enfin furent jetéshors de leur place naturelle. Le médecin ,ne pouvant plus se tenir debout, veut fuir,et tombe comme évanoui sur le plancher.Au milieu du bouleversement général, il