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[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
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NAPLES .

émotions, et puis avec quel bonheur ilva s’étendre sur la pierre, et faire desrêves de fortune, car pour lui un écuest une fortune, et pour se le procureril joue à la loterie ! Il voit dans cetteamorce trompeuse une aubaine dont lecabaret recueillera le fruit.

La loterie, qui par son gain chan-ceux est si fort en harmonie avec laspontanéité de son caractère! Tandisqu’en France on cherche à écarter lepeuple de cet antre, et que les légis-lateurs ont décrété sa prochaine sup-pression, à Naples on dirait qu’oncherche à l’y attirer, en l’invitant, parla modicité de l’oflrande, à sacrifier surcet autel de la Fortune. Qui croiraitqu’un billet s’obtient pour moins dedeux sous ? C’est le samedi que ladéesse rend ses oracles. La veille sestemples sont assiégés ; le Lazzarone yapporte ce qu’il a pu retrancher à safaim. Le lendemain, l’anxiété est peintesur les visages, des rassemblemens ontlieu près des parvis où la veille furentdéposées les offrandes. Une masse debillets à la main, chacun attend l’heure ;ce n’est point une fortune qu’on désire,c’est une chance modique proportion-née à la mise. L’oracle est rendu, et levisage mobile du Lazzarone exprime lajoie ou le désappointement.

Si la chance a été inespérée, unevoiture promène le lendemain l’heureuxgagnant par la ville; des rubans ornentson chapeau, la tête et le cou des che-vaux, le chapeau du cocher; des fan-fares apprennent à tous les quartiersquelle est la somme gagnée, puis lesprincipaux cabarets sont le gouffre oùtout s’engloutit jusqu’au dernier sou.

Il est rare qu’un événement un peusaillant ait lieu dans la ville sans qu’ildevienne l’objet d’un calcul général dechances; et telle est à cet égard l’iia—hitude, que le résultat de ce calculN.

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est le même dans tous les quartiers, etque les mêmes numéros sont joués.

Si le hasard justifie ces calculs, mal-heur au fisc! Aussi, pour atténuer leseffets de cette coalition de chances, legouvernement a-t-il la ressource defixer la somme qu’on peut mettre surchaque numéro.

Mais vienne le jour unique de Na-ples, Noël ! ce jour où doit éclatertoute l’ambition du Napolitain ! Faireun repas , manger le capitone, espèced’anguille, c’est son vœu de toute l’an-née; vœu à la réalisation duquel sonhonneur est intéressé. Pauvre ou riche,Lazzarone ou prince, tous doivent fêterla naissance du Sauveur ; il faut man-ger, il faut avoir sur sa table un de cespoissons monstrueux. Honte, honteéternelle à celui qui dérogerait à l’u-sage ; il se croirait frappé de réproba-tion. On le verra vendre ses hardes etjusqu’à ses matelas, pour porter, deuxmois d’avance, son offrande au mar-chand qui lui fournira ce mets obligé.

Dans la soirée , des feux d’artificesont tirés devant chaque madone ; iln’est pas de rue qui n’en ait trois ouquatre, il n’est pas de madone devantlaquelle on ne tire deux ou trois centsfusées. Qu’on se fasse une idée du va-carme ! Des feux sont allumés dans tousles quartiers, des cris retentissent detoute part ; l’intérieur des maisons yrépond. A minuit, tout rentre dans lesilence apparent ; personne dans lesrues , c’est l’heure où l’on mange !

Chaque famille a formé en faveurde la madone un presepio ou crèche ,représentant la naissance du Christ.Delà mousse, du carton, des morceauxde liège, des branches d’arbres ^ sontles matériaux que l’on emploie avec unart vraiment remarquable pour compo-ser des ruines , habitations rustiques ,rivières, ponts, cascades, montagnes;