avec l’intrépidité d’un liéros et d’unsage ; et quand Rome l’eut réservé à1 ignoble supplice auquel elle condam-nait les victimes de son insatiable etcruelle ambition, il le subit plein dudouloureux regret de n’avoir pu déli-vrer sa patrie. 11 fut traîné au Capi-tole les pieds et les mains liés, telqu un criminel, lui dont l’âme futaussi grande qu’elle était ferme et pure.
En achevant ces mots, je vis Her-mann et sa sœur gémir comme moidu sort de Télésinus , et c’était là sansdoute une occasion de leur dire com-bien Rome , qu’on admire même alorsquelle n’existe plus, acquitta par descrimes aussi multipliés qu’ils furentatroces , sa superbe grandeur ; maiscraignant de me jeter dans de vainesdéclamations, je me contentai dévouerdans mon cœur à la mémoire du grandet malheureux Télésinus les hommagesdus aux hommes devenus infortunésà force de vertus.
Mais nous allons franchir le Yol-turne, dis-je à mes compagnons, quim’avaient attentivement écouté pen-dant notre excursion parmi les ruinesdes plus belles cités de la Campanie ,et nous allons au delà de ce fleuve envoir qui ne sont pas moins célèbres.
Nous entrâmes peu de temps aprèsdans Mola di Gaëta , pour déjeûner;et là, j’eus facilement sujet de réalisertout ce que je venais de leur pro-mettre.
Bourg immense, Mola , comme vousle voyez, mes chers auditeurs, n’aqu’une seule rue, elle fut jadis la belleForrniœ ; et comme telle, rappelle à lafois et la villa qu’y possédait Cicéron ,et sa mort aussi tragique que crimi-nelle.
Mais pour vous peindre plus digne-ment ce drame horrible, nous auronsrecours à M. de Châteaubriand , dans
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son Voyage en Italie , trop court, sansdoute , pour les beautés que renfermela plus belle des péninsules.
« En sortant de Fondi j’ai salué lepremier verger d’orangers ; ces beauxarbres étaient aussi chargés de fruitsmûrs que pourraient l’être les pom-miers les plus féconds de la Norman-die. Je trace ce peu de mots à Gaëte ,sur un balcon, à quatre heures du. soir,par un soleil superbe, ayant en vue lapleine mer. Ici mourut Cicéron danscette patrie, comme il le dit lui-même,qu’il avait sauvée : Moriar in patriâsœpè servatâ. Cicéron fut tué par unhomme qu’il avait jadis défendu ; in-gratitude dont l’histoire fourmille. An-toine reçut au Forum la tête et lesmains de Cicéron ; il donna une cou-ronne d’or et une somme de deux centmille livres à l’assassin; ce n’était pasle prix de la chose : la tête fut clouéeà la tribune publique entre les deuxmains de l’orateur. Sous Néron onlouait beaucoup Cicéron , on n’en parlapas sous Auguste. Du temps de Néron le crime s’était perfectionné ; les vieuxassassinats du divin Auguste étaientdes vétilles, des essais, presque del’innocence au milieu des forfaits nou-veaux. D’ailleurs on était déjà loin dela liberté; on ne savait plus ce quec’était : les esclaves qui assistaient aux3ux du cirque, allaient-ils prendreeu pour les rêveries des Gâtons et desBrutus ? Les rhéteurs pouvaient donc,en toute sûreté de servitude, louer lepaysan d’Arpinum. Néron lui-mêmeaurait été homme à débiter des haran-gues sur l’excellence de la liberté : etsi le peuple romain se fût endormipendant ces harangues, comme il est àcroire, son maître, selon sa coutume,l’eût fait réveiller à coups de bâtonpour le forcer d’applaudir. »
Nous allons passer, dis-je à mes