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[2] (1835) Royaume de Naples, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] : Sicile et Malte, sites, monumens, scènes et costumes, d'après Haudebourg-Lescot ... [et al.] / par C.-D. de la Chavanne, D.-D. Farjasse et P****
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L’ITALIE.

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compagnons de voyage, devant le tom-beau qu’élevèrent au Démosthènes desRomains ses affranchis, de leurs mainsreconnaissantes et pieuses : nous nouslevâmes à ces mots , et comme les che-vaux avaient été remis à notre voiture,nous partîmes et saluâmes ce monu-ment de douleur et de déchirante amer-tume. Hermann frémit en le contem-plant, et quant à sa sœur son douxregard se teignit de la pâle langueurde la mélancolie (i).

Nous avions vu Cnsilium avant qued’arriver à Mola. Elle osa résister àAnnihal, tout vainqueur qu’il était,à son retour de Cannes , prit parti pourCésar, et fut fortifiée par Antoine;plus loin nous'vîmes Sinuessa fondéesur les ruines de Sinope , cité grecquedont parle Strabon ; Mola nous rappelaSamos, et tandis que Gaëta , Gère dunom de la nourrice d’Enée , nous mon-trait son port creusé par le sage Anto-nin, la tombe de Munatius Plancus etla prétendue tour de Roland, qui do-mine celle du connétable de Bourbon ,nous poursuivîmes notre chemin, etarrivâmes dans Suessa, antique citédes Arrunces , peuple étrusque, mêléjadis, en ces lieux, aux Samnites etaux Latins.

Au-delà de Suessa, nouvelle émo-tion , nouvelle surprise ! nous vîmes leGariglia.no , autrefois le Liris ; et fai-sant trêve à l’antiquité pour l’actualité,qui, si elle est moins inspiratrice, esttoujours éminemment utile, nous pas-sons ce fleuve sur un pont de fer^ lepremier dont la nouvelle civilisationait doté le théâtre de ce que l’antiqueavait de plus éclatant. Regardez, mes

(i) D'après de récentes conjectures, dit M. Va-léry, le tombeau de Cicéron ne serait pas lemonument en ruine appelé Torre di Cicérone ,ce serait le vaste mausolée dont les débris setrouvent au pied du mont Acerbara, vis-à-vis latour, à droite de la voie Appienne.

amis, dis-je à mes deux compagnons ,contemplez cet horizon, il est remplides ruines solennelles de Miniurnes ,cité tellement vieille que l’on en ignoreencore l’origine. Et cependant d’in-nombrables aqueducs sont encore de-bout sur son terri toire ; un théâtre, unamphithéâtre se mêlent à ses mines,et l’un des plus grands souvenirs deRome plane, tel qu’un gigantesquefantôme, sur ses murailles. C’est là queMarius, au retour des ruines de Car-thage, repoussa le fer du Cimbre en-voyé pour le frapper, et fut ensuitemourir des mains d’Opimius. Ce futdans ces sentimens et avec ces impres-sions que nous arrivâmes à Itri etbientôt à Fondi.

S’il est un spectacle fait pour affligerle voyageur, c’est celui que lui offreincessamment le paupérisme italienprécisément aux lieux où la nature ,par une éternelle fécondité, ne cessede le condamner ; et pourtant, à Fondi,comme à Itri, ces repoussans tableauxsont incessamment sous les yeux. Unessaim de mendians se ruent sur nouset nous importunent de leurs plaintessouvent hypocrites. Ici c’est une mèrequi, couverte de haillons arrangés demanière à exciter vivement notre com-passion, tient appendus à ses mam-melles deux enfans qui, s’ils n’y eussentpas trouvé du lait, n’auraient pas l’em-bonpoint qui est empreint sur leurs fi-gures. Là, un père, bien moins indigentqu’il n’est paresseux, suit cette femmeen boitant, et tient deux autres en-fans par les mains, qui sont loin aus-si d’être aussi misérables qu’il aflectede le dire. Enfin, une foule d’autresfaux malheureux, s’appuyant égale-ment sur des béquilles , se pressent etnous entourent jusqu’à ce que nous leslaissions derrière nous au sein descampagnes riantes qu’ils habitent, et