LIVRE IX. CHAP. IV. 77
Ce Prince malgré Fintelligence qu’il avoit dans cette mile, manquason coup par deux fautes qu’il fit ; la première d’avoir apporté des é-chelles plus courtes qu’il ne falloit, la seconde de ne point s’ètre pré-senté à tems. Au lieu de venir au milieu de la nuit pendant que toutdevoit être enseveli dans un profond sommeil, comme il étoit conve-nu, il-part de Larisse avant le tems qu’il devoit se mettre en marche,arrive dans le païs des Mélitéens: & comme il ne pou volt rester la depeur qu’on n’apprît dans la ville qu’il y étoit, ni se retirer sans êtreapperçu, il fallut, malgré qu’il en eût, qu’il allât toujours en avant.II arrive devant la ville, mais tout le monde y étoit alors fort éveil-lé. Ses échelles n’étant point proportionnées à la hauteur des murail-les, l’escalade ne servit de rien. 11 ne put pas non plus entrer parlaporte, parce que ce n’étoit pas le tems d’agir pour ceux qui au dedanss’entendoient avec lui. D’un autre côté les habitans irrités fondirentfur lui, & taillèrent en pièces une bonne partie de ses troupes. 11 seretira enfin avec la honte de n’avoir rien fait, 6c apprenant par-là auxMélitéens, comme aux autres peuples, à se défier de lui 6c à se tenirsur leurs gardes.
Nicias'Général des Athéniens avoit fort bien pris son tems pendantla nuit pour retirer son armée saine 6c sauve de devant Syracuse, 6cs’étoit retiré dans un lieu sûr d’où il ne pouvoit être découvert parles ennemis. Mais la Lune s’étant alors éclipsée, une vaine supersti-tion lui fit craindre que cela ne fût le présage de quelque malheur. IIsuspendit sa marche. La nuit suivante il voulut la continuer, mais lesennemis l’aiant apperçu vinrent fondre fur lui, 6c Tannée 6c les Chefsfurent obligés de se rendre aux Syracusains. Cependant s’il avoit seu-lement consulté d’habiles gens fur cette éclipse, il n’en falloit pas da-vantage , je ne dis pas pour ne point laisser échapper le tems de pour-suivre sa marche, mais pour faire servir même cet évenement à sondessein, à cause de Tignorance des ennemis. Car Tignorance de ceuxavec qui Ton a affaire est pour les habiles le chemin qui conduit leplus sûrement aux heureux succès. Voilà jusqu’où Ton doit entrer dansTAftronomie.
A Tégard de la mesure des échelles, on doit s’y prendre de cettemaniéré. Si quelqu’un de ceux avec qui Ton a intelligence donne lahauteur des murailles, on volt d’abord la proportion que doivent avoirles échelles. Car par exemple si la muraille a dix pieds de hauteur,il en faudra au moins douze aux échelles. Pour proportionner la dis-tance où le pied des échelles doit être de la muraille, avec le nombrede ceux qui doivent y monter ; il faut prendre la moitié de la largeurdes échelles. A plus de distance, elles se casseront fous le nombrede ceux qui feront l’escalade, 6c si on les pose plus droites, on n’ypourra monter fans s’expofer au danger de tomber. Que si la murai!-
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