«2. Traité de la M Messe ,
sont ces trois états qtii ont fait si long-tems chez les Grecs, & chez les Romains ;les Ingénus, les Serfs, & les Affranchis.
Les Ingénus étoient des personnes libres de tems immémorial, qui étant néesdans le pays où ils demeuraient, étoient apellés Ingenut , quasi indigente & inde ge~mû i Les étrangers étoient considérez comme Serfs , parce qu’ils ne possédoiencrien dans les lieux où ils habitoient nouvellement, ou parce que leurs pères n’y avoientrien possédé.
II y avoir parmi les Ingénus trois fortes de rangs ; celui des Magistrats, à qui leurâge & leurs fonctions firent donner le nom de Pères & des Sénateurs : Celui des Of-ficiers d’armée , qui furent nommés Chevaliers, parce qu’ils combattraient à che-val : & celui du peuple , dans lequel étoient compris les soldats & les artisans.
Genes. c. 9- Quant à L servitude, on peut dire qu’elle a commencé ensuite du Déluge, dansla personne de C ham & de sa postérité, qui surent condamnés à être Serfs de Sem ,de Japhet, & de tous leurs defeendans.
^- La violence a aussi introduit l’efclavage, de même que la vertu a établi la Noblesse.'“ceep‘c({fcpo- Ceux qui se font trouvés les plus forts, comme il se dit de Nemrod , ont oprimétens h ter- les plus fossiles, en les contraignant d’obéir : & c’est une Loi de la guerre établie dèsra. Lib. i. les premiers siécles , de faire esclaves ceux qui ont été vaincus. De-là vient le motPara/ipm. <j ont j es Latins se servirent pour exprimer la condition des esclaves, qu’ils nommoientJUùincipia , parce qu’ils avoient été pris & emmenés par la main , étant faits prison-niers de guerre. On leur accordoit la vie , mais on leur ôtoit la liberté , qui est laplus excellente qualité de l’homme.
Ainsi les Serfs étoient ceux que le fort des armes, la naissance, ou la nécessitéavoient assujétis aux autres. Les vaincus étoient faits esclaves des vainqueurs ; Ceuxque la misère obligeoit de se vendre eux-mêmes, ou qui étoient vendus par leurs pè-res , devenoient esclaves en recevant le prix de leur liberté ; Et tous ceux qui nais-soient de ces deux fortes d’efclaves, fui voient la condition de leurs pères, jusqu’à cequ’ils sussent affranchis par le bienfait de leurs Maîtres, qui leur donnoient la liberté,soit durant leur vie , ou en mourant par leur Testament.
Dans la République de Sparte, Lycurgue, comme dit Plutarque, voulant accou-tumer les Lacédémoniens aux armes, laissa le ménage de la terre & de l’agriculture àune maniéré d’esclaves apelîés Ilotes , qu’il obligea à certaines redevances envers lepublic. Cette police passa depuis aux Germains, comme nous l’aprenons| de Tacitelors qu’il parle des mœurs des Allemans.
Nos Rois avoient en France des hommes esclaves dans les Villes de leur Domaine :les Comtes, les Barons, les Evêques, les Abbés & autres Ecclésiastiques y avoientaussi leurs hommes Serfs, qu’ils donnoient, vendoient ou échangeoient à leurvolonté.
t'b C r 4? Grégoire de Tours dit que le Roi Chilperic mariant fa fille Rigonde ì Lenvichild1 • •■•4** d^fpagne, il l a dota entr’autres choses d’un bon nombre de Serfs qu’il nommafifcalins : Jpse vero regrejfus Parisios ( il parle de Chilperic ) f ami lias multas de domi-bus fifcalibus auferri pracepit, & ìn pUufiris componi.
Nous avons quelques Coutumes particulières en France, où les servitudes fonciè-res ont lieu ; comme en celles de Troves, de M eaux , de Chaumont en Baffigny ,de Sens, d’Auxerre, de Bourgogne , de Nivernois, de la Marche , de Turenne&de Limousin. 11 est porté dans ces Coutumes, qu’il y a des Nobles & des Non-no-bles ; des personnes franches, & d’autres qui font de serve condition.
Il y a de trois sortes de Serfs : les premiers sont ceux qui doivent la taille à leurSeigneur ; & cette taille est de deux espèces ; l’une fe paie selon fa volonté, tantôtplus grande, tantôt plus petite ; & l’autre est abonnée. "
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