ft) de fès différentes espèces. 255 .
commandation , faisant un grand négoce de bétail, de laine - de grains, de char-bon , & d’étain ; & que les jeunes Gentilshommes de leur pays rempliflent la plusgrande partie des boutiques de Londres, & de leurs autres Villes, fans préjudice àleur condition.
Les Vénitiens, les Génois, les Florentins, & les Luquois, s’adonnent tous in-différemment au trafic : ils croient que toute leur prospérité & tout leur maintienen procède ; leurs Sénateurs s’y apliquent avec soin , ils sont même les plus grandsMarchands de ces Etats. C’est pour ce sujet que poggius en son Livre de Mobili-sât e , raporte que les Vénitiens & les Génois exercent le commerce de Marchandisesans déroger : ylpud f r eneios & Genusnfes , Mobiles quoque mercaturam exercent ,Citra vituperium £r Nobi'ut M is détrimentum.
Les Nobles de Dannemark , de Pologne, de Nuremberg , de Ragusc , deHollande , de Zélaijde , & autres Provinces unies , ne fçauroient concevoir qu’onpuisse subsister sans le négoce , pour lequel ils sont des équipages d’une prodigieusedépense.
Pietro de la Valle dans ses Relations du Levant , m’aprend que le Sophy de Perseest le plus grand Marchand de ses Etats. La plupart des Nobles y trafiquent à sonexemple. Le Grand Duc de Toscane ne pratique-t-il pas la menie chose , sans di-minution de fa Dignité ? & le Roi de Portugal n'a-t-il pas rendu son nom fort cé-lébré par toute la terre ? n'a-t-il pas augmenté fa Couronne & enrichi ses Provincespar le moyen de la marchandise ?
On aprend des Cahiers des Etats du Royaume assemblés à Paris l’an 1614. quel’on y proposa qu’il seroit libre à la Noblesse de faire le grand trafic , & d’équiperdes Navires sous les congés & formes accoutumées , fans que pour cela l’on fùt es-timé dérogeant. C’étoit à dessein de rendre l’Etat plus puissant, & que les cadetsdes Maisons Nobles , qui ont d’ordinaire peu de bien , s’exerçans en l’Art de Ma-rine , se rendissent-capables de servir le Roi dans ses Vaisseaux , & d'avoir le com-mandement de ceux qui s’équipent dans leurs côtes. C’étoit fans doute aussi afinde donner à ces Cadets,de me me qu’aux autres Gentilshommes dépourvus de biens,des moyens de soutenir i’honneur de leur naissance , au lieu de faire des actions quien sont indignes , Lc de s’assujettir honteusement à des Roturiers.
Si la Noblesse lé perd ou se diminue par la disette & la pauvreté , est-il pas rai-sonnable que les Nobles travaillent & trafiquent, tant par Mer que par Terre, pouréviter la misère : Et puilqu’il est vrai que Divit'ue Mobiles reddunt Mobiliores , queles richesses aportenr un grand ornement à la Noblesse ,. pourquoi ne les point re-chercher ? & pour les rechercher avec moins d’injustice & de violence , nepeut-onpas faire un trafic honorable \ Horace a fort bien dit :
Et genus ch vìrtus, nijî cum re, vìlior algk ejì.
Et les Péripatéticiens croyoient que la vertu ne pouvoit être ferme , si elle n’é-foit secourue & fortifiée des richesses. C’est à ce propos que Juvénal a écrit :
Hxud facile emergunt , quorum virtutibus objl.ìt
Res angujla ríorui.
II faut néanmoins distinguer la maniéré de trafiquer au regard des personnes No-bles ; car fi c’est en gros tk fur la Mer , le Noble ne déroge pas par le titre de Mar-chand , auquei celui de Noble est ajouté. Ainsi suivant des Lettres patentes du.Roi Charles IX. de l’an j 5 . 66 . il fut permis aux Habitans de Marseille de se direNobles & Marchands tout ensemble : Ce qui a été en usage, à Rouen, &: autres lieux,de la Normandie , & dans toute la Bretagne , où la qualité de Noble ou d’Ecuyer
M m ij