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DE L' E S P R I T.
Si le noble orgueil, la passion ciu patriotisme Sc dela gloire déterminent les citoyens à des actions si cou-rageuses, quelle conídance & quelle force les pallionsn'inspirent- elles point à ceux qui veulent s’illustrerclans les sciences & les atts, & que Cicéron nommedes héros paisibles? C’est le désir de la gloire qui, furla cime glacee des Cordelières, a u milieu des neiges,des frimats, incline les lunettes de l’íistronome ; qui,pour cueillir des plantes, conduit le botaniste fur lebord des précipices ; qui jadis guidoir les jeunes ama-teurs des sciences dans l’Egypte, l’Ethiopie, & jus-ques dans les Indes, pour y voir les philosophes lesplus célébrés, & puiíèr dans leur conversation lesprincipes de leur doctrine.
Quel empire cette même paillon n’avoit-elle pas
que tu as préférée ? C’est cette même passion de la gloire qui,lorsque T armée romaine, mal vêtue & transie de froid, al-îoit lê débander, amena au secours de SeptimeSevère , lephilosophe Antiechus, qui se dépouille devant i’armée ,se jette dans un monceau de neige, & ramène, par cetteaction, les troupes ébranlées à leur devoir.
Un jour qu’on exhortoit Thrasea à faire quelques sou-missions à Néron: Quoi! dit-il, pour prolonger ma vie iequelques jours , je m abaijferois jufques-lù ? Non. La mort ejèune lette : j t veux l’acquitter en homme libre , 6’ non la payeren. esclave.
Dans un instant d'emportement, où Vespasien menaçoitHelvidius de la mort, il en reçut cette réponse : Vous ai-yedit que je fajfe immortel? Vousfere~ votre métier de tyran ,en me donnant la mort q moi , celui de citoyen , en la recevantfans trembler.