ÎOO DE l' E S P R I Tl
plaisirs font déjà des plaisirs : plaisirs qui ne doivent
leur existence qu’à celle des plaisirs physiques (i).
Je fais que, dans les projets, les entreprises, lesforfaits, les vertus & la pompe éblouissante de 1 ambi-tion , l’on apperçoit difficilement l’ouvrage de la sen-sibilité physique. Comment, dans cette ficre ambi-tion , qui, le bras fumant de carnage, s’assied au mi-lieu des champs de bataille, fur un monceau de ca-davres , & frappe, en signe de victoire, fes ailes dégoû-tait tes de sang ; comment, dis-je, dans l’ambirion ainsisigillée , reconnoître la fille de la volupté ? commentimaginer qu’à travers les dangers, les fatigues & lestravaux de la guerre ; ce soit la volupté qu’on pour-suive: C est cependant elle feule, répondrai-je, qui,fous le nom ds libertinage, recrute les armées de
(i) Pour prouver que ce ne font pas les plaisirs phy-siques qui nous portent à Pambition, peut-être dira-t-onque c'est communément le désir vague d u bonheur quinous en ouvre la carrière. Mais, répondrai-je, qu'est-ceque le désir vague du bonheur? C’est un désir qui 11 e portefur aucun objet en particulier: or, je demande si l’hommequi, fans aimer aucune femme en particulier, aime en gé-néral toutes les femmes, n'est point animé du désir desplaisirs physiques? Toutes les fois qu’on voudra fe donnerla peine de décomposer le sentiment vague de P amour dubonheur, on trouvera toujours le plaisir physique au fonddu creuser. 11 en est de P ambitieux comme de P avare, quine feroit point avide d’argent, si Pargent n’étoit pas ouPéchange des plaisirs, ou le moyen d’échapper à la dou-leur physique : il ne desireroit point Pargent dans une villetelle que Lacédémone, où Pargent n’auroit point de cours-