Band 
Tome second.
Seite
107
JPEG-Download
 

I) S i’ E S P R 1 T 107

& sacrifier , presque toujours , le plaisir présent àl’espoir des plaisirs à venir. Je dis, preíque toujours ;parce que la route de l’ambition est ordinairementtrès-longue à parcourir. Sans parler de ceux dont l’am-bition, accrue ausiì-tôt que satisfaire, remplace tou-jour un désir rempli par un désir nouveau ; qui, deministres , voudroient être rois ; qui, de rois, aspire-roient, comme Alexandre, à la monarchie univeríelle,& voudroient monter íur un trône , où les relpeótsde tout l’univers les aíTurasient que 1 u ni vers entiers'occupe de leur bonheur ; fans parler, dis-je , de ceshommes extraordinaires , & fuppolant même de lamodération dans l’ambition ,ilest évident que l’homme,dont la passion des femmes aura fait un ambitieux,ne parviendra ordinairement aux premiers postes quedans un âge où tous íes désirs feront étouffés.

Mais ses désirs ne fuffent-ils qu’attiédis, à peine cethomme a-t il atteint ce terme, qu’il íe trouve placéfur un écueil escarpé Sc gliísant ; il fe voir de toutespanser, butte aux envieux, qui prêts à le percer, tiennentamour de lui leurs arcs toujours bandés : alors il dé-couvre avec horreur f abîme affreux qui s’entr’ouvre;il sent que , dans fa chute, par un triste appanage dela grandeur, il fera miíétable , fans ocre plaint ;qu’expofé aux insultes de ceux qu’outrageoit ion or-gueil , il fera l’objet du mépris de íes rivaux, mé-pris plus cruel encore que les outrages ; que, devenula risée de les inférieurs, ils s’astranchiront alors deee tribut de respects , dont la jouissance a pu quelque-fois lui paroître importune, mais dont la privation