DE t’ E S P R I T. ÏI9
En amitié, comme en amour, on fait souvent desromans : on en cherche par-tout le héros ; on croit àchaque instant savoir trouve ; on s’accroche au pre-mier venu -, on l’aime tant qu’on le connoît peu , &qu’on est curieux de le connoître. La curiosité est-ellesatisfaite; 011 s’en dégoûte: on n'a point reneontré lehéros de son roman. C’est ainíi qu’on devient íuícep-tible d engouement, mai s incapable d amitié. Pourl’intérêt même de l’arnitié, il faut donc en avoir uneidée nette.
J’avouerai qu’en la considérant comme un besoinréciproque, on ne peut se cacher que, dans un longespace de temps, il est très-difíìcile que le même be-soin, & par conséquent la même amitié (1) subsisteentre deux hommes. Auffi rien de plus rare que lesanciennes amitiés (1).
( 1 ) Les circonstances, dans lesquelles deux amis doiventse trouver, une sois données, & leurs caractères connus;s’ils doivent se brouiller, nul doute qu’un homme debeaucoup d’esprit, en prédisant l’instant où ces deuxhommes cesseront de s’être réciproquement utiles , ne pûtcalculer le moment de leur rupture, comme l’asironomecalcule le moment de l’éciipse.
(2) I! ne faut pas confondre avec l’amitié les liens del’hîbitude, le respect estimable qu’on a pour une amitiéavouée , & enfin ce point d’honneur heureux & utile à lasociété, qui nous fait continuer à vivre avec ceux qu'onappelle ses amis. On leur rendroit bien les mêmes servicesqu’on leur eût rendus, lorsqu’on étoit affecté pour euxdes sentimens les plus vif : mais , dans le fait, leur pré-sence ne nous est plus nécessaire, & on ne les aime plus.
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