Band 
Tome second.
Seite
121
JPEG-Download
 

XII

DE L' E S P R I T.

avoir beaucoup de pnflades 8c point de passion; parcsque les momens du c'ébut, ajoutoit-il, font, en 1 unSc sature genre, toujours les momens les plus vils& íes plus tendres.

Mais, pour un homme qui fe fait illusion à lui-mème, il est en amitié dix hypocrites qui affectent desfentimtns qu’ils n’éproavent pas, font des dupes, 8cne le font jamais. Ils peignent l’amitié de couleursvives , niais fausies : uniquement attentifs à leur inté-rêt, ils ne veulent qu engager les autres à fe modeler,cn leur faveur, fur un pareil portrait (t).

gens, un sentiment perpétuel de tendresse, pares que leshommes ne font rien continûment. F.ntre les amis les plustendres , il y a des momens de froideur : l’amitié est doncune succession continuelle de fentimens de tendresse & defroideur, où ceux de froideur font très-rares.

(i) Peut-être íaut-il du courage , Le foi-mème être ca-pable d’amitié, pour oser en donner une idée nette. Onest du moins sûr de soulever contre soi les hypocrites d’a-mitié : il en est de ces fortes de gens, comme des poltrons,qui racontent touiours leurs exploits. Que ceux qui fedisent íì susceptibles de fentimens d’amitié, lisent le Toxnrisde Lucien ; qu'ils fe demandent s’ils sont capables dessciions que Laminé fusait exécuter aux Scythes & auxGrecs. S’ils s’interrogentde bonne foi, ils avoueront que,dans ce siècle, on n’a pas même d’idée de cette espèced’amitié. Aussi, che7. les Scythes & les Grecs, l’amitiéetoit-elle mise au rang des vertus. Un Scythe ne pouvoiravoir plus de d ux amis ; mais, pour les secourir, il étoiten droit de tout entreprendre. Sous le nom d’amitié , c’é-toir en partie l’arr.our de l’estimequi les animoit. La feuleamitié n'eût pas été si courageuse.