DEL' ESPRIT. ir;
Dans les siècles de chevalerie, où l’on prenoit nncompagnon d’armes, où deux chevaliers faiíoient com-munauté de gloire d: de danger, où la lâcheté de l’unpouvoir coûter la vie Sc l’hcnneur à 1 autre ; alors, de-venu , par son propre intérêt, plus attentif au choixde ses amis, on leur étoit plus fortement attaché.
Lorsque la mode des duels prit la place de la che-valerie, des gens, qui tous les jours s’expofoient en-semble à la mort, dévoient certainement être fort chersl’un à faune. Alors l’amitié étoit en grande véné-ration , & comptée parmi les vertus ; elle supposoitdu moins, dans les duellistes Sc les chevaliers, beau-coup de loyauté & de valeur ; vertus qu on honoroitbeaucoup , Sc qu’on devoit alors extrêmement hono-rer , puisque ces vertus étoient presque toujours enaction (i).
II est bon de se rappeler'quelquefois que les mêmesvertus font, dans les divers temps, mises à des tauxdiíférens, selon l’inégale utilité dont elles font à chaquesiècle.
Qui doute que, dans des temps de troubles Sc derévolutions, & dans une forme de gouvernement quise prête aux factions, l’amitié ne soit plus forte Sc pluscourageuse qu’elle ne l’esi dans un état tranquille ?L’histoire fournit, dans ce genre , mille exemplesd’héroïsme. Alors l’amitié fuppole, dans un homme,
(t) Brave étoit alors synonyme à'honnête homme ,' Sc c’estpar un reste de cet ancien usage qu’on dit encore un bravehomme , pour exprimer un homme loyal Sc honnête.