DE L’ E S P R I T. îîÇ
amis. II n’esi donc plus d’amitié (i); on n'attachedonc plus au mot d’anst les racines idées qu’on y atta-choit autrefois ; on peut donc , en ce siècle , s écrieravec Aristote (i) : O mes amis ! il n’efl plus d’amis.
Or, s il est des siècles, des mœurs & des formes degouvernement où l'on a plus ou moins besoin d’amis ;8c si la force de lamifié est toujours proportionnée àla vivacité de ce beloin, il est aussi des conditions oùle cœur 6'ouvre plus facilement à l’amitié : 8c ce fontordinairement celles où l’on a le plus souvent beloindu secours d’autrui.
Les infortunés font, en général, les amis les plustendres ; unis par une communauté de malheur, ilsjouissent, en plaignant les maux de leur ami, du plaisirde s’attendrir lur eux mêmes.
Ce que je dis des conditions, je le dis des carac-tères : il en est qui ne peuvent íe palier d’amis. Lespremiers font ces caractères foibles & timides , qui,dans toute leur conduite, nefedéterminentqu’àl’aide
(i) Aussi, dit le proverbe, faut-il fe dire beaucoupd’amis , Sc s’en croire peu.
(i) Chacun répète , d’après Aristote, qu'il n’est pointd’amis ; & chacun en particulier, soutient qu’il est bonami. Pour avancer deux propositions si contradictoires , ilfaut qu’en fait d’amitié , il y ait bien des hypocrites &bien des gens qui s’ignorent eux-mêmes.
Ces derniers, comme je l’ai déjà dit, s’élèveront contrequelques propositions de ce chapitre. J’aurai contre moileurs clameurs, &, malheureusement, j’aurai pour moil’expérience.