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Tome second.
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d’être dupes, ils ne peuvent conserver l’heureuse igno-rance de la méchanceté des hommes ( ignorance pré-cieuse , qui, dans la première jeunesse, resserre si foreles liens de l’amitié ) : aussi font-ils peu sensibles aucharme de ce sentiment, non qu’ils n’en soient suscep-tibles. Ce sont souvent , comme l’a dit une femme debeaucoup d’efprit, moins des hommes insensibles quedes hommes désabuses.

II résulte de ce que j'ai djt, que la force de l’amitiéest toujours proportionnée au besoin que les hommesont les uns des autres (i), & que ce besoin varie selonla différence des siècles , des mœurs, des formes degouvernement, des conditions & des caractères. Mais,dira-t-on, si l’amitié suppose toujours un besoin , cen est pas, du moins, un besoin physique. Qu’est - cequ’un ami ’ un parent de notre choix. On désiré unami, pour vivre, pour ainsi dire, en lui, pour épan-cher notre arae dans la sienne, & jouir d’une conver-Jfation que la confiance rend toujours délicieuse. Cettepaffion n’est donc fondée ni sur la crainte de la dou-leur , ni sur l'amour des plaisirs physiques. Mais , ré-pondrai je , à quoi tient le charme de la conversationd’un ami ; Au plaisir d’y parler de foi. La fortune nousa-t-elle placés dans un état honnête ; on s’entretiem

(r) Si l’on aimoit son ami pour lui-même, nous ne con-sidérerions jamais que son bien-être ; on ne lui reproche-roit pas le temps qu’ l est fans nous voir ou nous écrire :apparemment, dirions-nous, qu'il s’occupe pins agréa-blement ; & nous nous féliciterions de son bonheur.

Tome II. I