Band 
Tome second.
Seite
131
JPEG-Download
 

Zì E L’ E S P R I T.

13 I

CHAPITRE XV.

Que la crainte des peines ou le désir des plaisirs phy-siques j peuvent allumer en nous toutes siortes depasisions.

Q^u’on ouvre l’histoire, &c l’on verra que, danstous les pays où certaines vertus étoient encouragéespar l’espoir des plaisirs des Cens, ces vertus ont été lesplus communes, Sc ont jeté le plus grand éclat.

Pourquoi les Crétois, les Béotiens, & généralementtous les peuples les plus adonnés à l’amour, ont-ils étéles plus courageux ? C’est que, dans ces pays, les fem-mes n’accordoient leurs faveurs qu’aux plus braves ,c’est que les plaisirs de l’amour, comme le remarquentPlutarque Sc Platon, font les plus propres à éleverlame des peuples, Sc la plus digne récompense deshéros & des hommes vertueux.

C’étoit vraisemblablement par ce motif que le sénatRomain, vil flatteur de César, voulut, au rapport dequelques historiens, lui accorder, par une loi expresse,le droit de jouissance fur toutes les dames Romaines :c’est auffi ce qui, suivant les mœurs Grecques, faifokdire à Platon que le plus beau devoir, au sortir ducombat, être la récompense du plus vaillant ; projetdont Epaminondas lui-même avoir eu quelque idée,puisqu’il rangea à la bataille des Leuctres flamant à

I L