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Tome second.
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DE L' E S P R I T. 143

Pour découvrir la cause univeríelle de tous ces efrsets, il suffit d’observer que les hommes ne íont pointmus par une feule espèce de sentiment ; qu’il n en estaucun d’exactement animé de ces passions solitairesqui remplissent toute la capacité d’une ame ; qu’en-traîné tour-à-tour par des passions différentes, dont lesunes font conformes & les autres contraires à l’intérêtgénéral, chaque homme est soumis à deux attractionsdifférentes, dont l’une le porte au vice Sc 1 autre à lavertu. Je dis chaque homme, parce qu’il riy a pointde probité plus universellement reconnue que celle deCaton & de Brutus, parce qu’aucun homme ne peutse flatter d’être plus vertueux que ces deux Romains :cependant le premier, surpris par un mouvement d’a-varice , fit quelques vexations dans son gouvernement;& le second, touché des prières de fa fille, obtint dusénat, en faveur de Bibulus , son gendre, une grâcequ’il avoir fait refuser à Cicéron son ami, commecontraire à l’intérêt de la république. Voilà la cause dece mélange de vice Sc de vertu qu’on apperçoit danstous les cœurs, & pourquoi, fur la terre, il n’est pointde vice ni de vertu pure.

Pour lavoir maintenant ce qui fait donner à unhomme le nom de vertueux ou de vicieux , il faut

maya , c'est-à-dire , du moi , c’est-à-dire , erreur. La sa-gesse consiste à se délivrer du maya , en se persuadant,par une application constante, qu’on est Vitre unique étemel,infini : l a clef de délivrance est dans ces paroles : Je fuisl titre suprême.