M4 n E L’ E S P R I T.
Eourquoi les hommes médiocres reprochent ils uneconduite extraordinaire à presque tous les hommes il-lustres ? C’est que le génie n’est point un don de la na-ture > & qu’un homme qui prend un genre de vie àpeu près semblable à celui des autres, n’a qu’un esprità peu près pareil au leur : c’est que, dans un homme,le génie suppole une vie studieuse & appliquée , ôcqu'une vie, si disterente de la vie commune, paroî-tra toujours ridicule. Pourquoi l’esprit, dit-on, est ilplus commun dans ce siècle que dans le siècle précé-dent î Et pourquoi le génie y est-il plus rare ? Pour-quoi , comme dit Pythagore, voir - on tant.de gensprendre le thyrle, & li peu qui (oient animés de l’eí-prit du dieu qui le porte ? C’est que les gens de lettres,trop louvent arrachés de leur cabinet par le besoin ,sont forces de se jeter dans le monde : ils y répandentdes lumières , ils y forment des gens d’eíprit} mais ilsy perdent nécessairement un temps qu’ils euííênr, dansla solitude &: la méditation , emnlové à donner plusd’étendue à leur génie. L'homme de lettres est commeun corps, qui, poulie rapidement entred’autres corps,perd, en ks heurtant, toute la force qu’il leur com-munique.
Ce font les causes morales qui nous donnent 1 ex-plication de tous les divers phénomènes de l’esprit,& qui nous apprennent que, semblable aux partiesde feu, qui, renfermées dans la poudre , y restent (ansaction , si nulle étincelle ne les développe , l’eípritreste lans action , s’il n’est mis en mouvement par lespaillons ; que ce font les pallions qui, d’un stupide,