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le génie est commun , Sc les circonstances propres àle développer très-rares. Si l’on peut comparer leprofane avec le sacré, on peut dire qu’en ce genre ilest beaucoup d’appelés Sc peu d’élus.
L‘inégalité d’efprit qu’on remarque entre les hom-mes , dépend donc, & du gouvernement fous lequelils vivent, & du siècle plus ou moins heureux oùils naissent , & de l’éducation meilleure ou moinsbonnequ’iis reçoivent, Sc du désir plus ou moins vifqu’ilsontde fe distinguer , & enfin des idées plus oumoins grandes , ou fécondes , dont ils font l’objet deleurs méditations.
L’homme de génie n’eft donc que le produit des cir-constances dans lesquelles cet homme s’est trouvé (i) 4
(i) L’opinion que j’avance , consolante pour la vanitéde la plupart des hommes, en devroit être favorablementaccueillie. Selon mes principes , ce n’est point à la causéhumiliante d’une organisation moins parfaite qu’ils doiventattribuer la médiocrité de leur esprit ; mais à f éducationqu’ils ont reçue, ainsi qu’aux circonstances dans lesquellesils fe sont trouvés. Tout homme médiocre, conformémentà mes principes, est en droit de penser que , s’il eût étéplus favorisé de la fortune , s’il fût né dans un certainsiècle , un certain pays, il eût été lui-même semblable auXgrands-hommes dont il est forcé d’admirer le génie. Ce-pendant , quelque favorable que soit cette opinion à lamédiocrité de la plupart des hommes, elle doit déplairegénéralement, parcs qu’il n’est presque point d’hommequi fe croie un homme médiocre, & qu’il n’est point destupide qui, tous les jours, ne remercie, avec complai-sance , la nature, du foin particulier qu’elle a pris deTome II, R