DE L’ E S P R I T. %6j
shommede génie : i! est la ícurce de ses ridicules (i)& de ses succès ; succès qu’ii ne doit ordinairement
(i) Tout homme absorbé dans des méditations pro-fondes , occupé d’idées grandes & générales, vit, 8e dansToubli de ces attentions, Lc dans Tignorance de ces usagesqui font !a science des gens du monde : auíli leur paroît-ilpresque toujours ridicule. Peud’entre les gens du mondesentent que la connoiffance des petites choses supposepresque toujours Tignorance des grandes ; que tout hommequi mène à-peu-près la vie de tout le monde,, n J a que lesidées de tout le monde ; qu’un pareil homme ne s'élèvepoint au-dessus de la médiocrité ; Lc qu’enfin le génie sup-pose toujours , dans un homme , un désir vif de la gloire,qui j le rendant insensible à toute espèce de désir, n'ouvreson ame qu’à la passion de s’éclairer.
Anaxagore en est un exemple. II est pressé par ses amisde mettre ordre à ses assures, d’y sacrifier quelques heuresde son temps : O mes amis ! leur répond-il, vous me de-mande ^r l'impojsible. Comment partager mon temps entre mesaffaires & mes études , moi qui préféré une goutte de sagesse kdes tonnes de richejfes ?
Corneille étoit, fans doute, animé du même sentiment,lorfqssun jeune homme , auquel il avoit accordé fa fille,Sc que l’état de ses affaires mettoit dans la nécessité derompre ce mariage , vient le matin chez Corneille , percejusques dans son cabinet : Je viens , lui dit-il, Monsieur ,retirer ma parole , & vous exposer les motifs dc ma conduite...Eh ! Monsieur , répliqué Corneille, ne pouvie-g-vous , fansm‘interrompre , parler de tout cela a ma femme? Mentes che £elle : je n'entends rien k toutes ces affaires-la.
II n’est presque point d'hommes de génie dont on nepuisse citer quelques traits pareils. Un domestique court,tout effrayé, dans le cabinet du savant Budé, lui dire quele feu est à U maison: Eh bien ! lui repondit-U , avertisse £