DE L' E S P R T T. 179
Dans la philosophie, sillage qu on en peut faire estinfiniment plus borné; elle 11e sert alors , comme jel’ai dit plus haut, qu’à jeter plus de clarté & d'agré-ment lur les principes. Je dis plus de clarté , parceque les hommes qui s'entendent allez bien, lorsqu’ilsprononcent des mots qui peignent des objets sensibles,tels que chêne _, océan 3 soleil 3 ne s’entendent pluslorsqu’ils prononcent les mots beautéjusúce vertu 3dont la signification embrasse un grand nombre d’idées.II leur est presque impossible d’attacher la mêmecollection d’idées au même mot ; & de là ces dis puteséternelles & vives , qui si souvent ont ensanglanté laterre.
L’imagination, qui cherche à revêtir d’images sen-sibles les idées abstraites & les principes des sciences,prête donc infiniment de clarté & d’agrément à laphilosophie.
Elle n’embellit pas moins les ouvrages de sentiment.Quand l’Arioste conduit Roland dans la grotte où doitse rendre Angélique, avec quel art ne décore-1-il pascette grotte î Ce sont par-tout des inscriptions gravéespar l’amour, des lits de gazon dressés par le plaisir ; lemurmure des ruisseaux , la fraîcheur de l’air, les par-fums des fleurs, tout s’y rassemble pour exciter les dé-sirs de Roland. Le poète fait que plus cette grotteembellie promettra de plaisir, & portera d’ivresse danslame du héros, plus son désespoir fera violent, lors-qu’il y apprendra la trahison d’Angélique, & plus cetableau excitera dans l’ame des lecteurs de ces rnouve-mens tendres auxquels font attachés leurs plaisirs.
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